Cet édito de Révolution paraît l'avant-veille de la journée d’action du 31 janvier contre la « réforme » des retraites. Il est possible qu’elle soit encore plus importante que le 19 janvier. Mais quelle qu’en soit l’ampleur, une chose est sûre : elle ne permettra pas, à elle seule, de faire reculer le gouvernement sur toute la ligne.

Cet article a été écrit le 27 novembre. Depuis, les manifestations ont continué. Les événements se développent vite, et il reste à voir comment le mouvement évoluera dans les prochains jours.

A peine un mois après le spectacle pompeux du XXe congrès du Parti Communiste Chinois, la colère qui fermentait dans les profondeurs de la société chinoise est en train de faire irruption à la surface. Le 23 novembre, l’usine géante de Foxconn située à Zhengzhou dans le Henan a été le théâtre d’un violent affrontement entre la police et des ouvriers qui protestaient contre le détournement de leurs salaires. Dans les jours qui ont suivi, des manifestations massives ont éclaté dans de nombreuses villes, pour protester contre les mesures draconiennes de confinement du régime. Celles-ci cristallisent tout le mécontentement accumulé dans la société chinoise. Comme nous l’avions prédit, la crise profonde du capitalisme chinois a commencé à pousser les masses dans la lutte.

Combat chez Foxconn

Les travailleurs de l’usine Foxconn ont été les premiers à se mettre en mouvement. Cette usine géante compte près de 130 000 ouvriers logés directement dans les locaux. Son propriétaire, l’entreprise taïwanaise Foxconn, assemble près de 70 % des iPhone produits dans le monde.

Cette usine a été gratifiée du titre d’« avant-garde ouvrière » l’année dernière par la fédération syndicale affiliée au régime. Elle est en réalité un enfer d’exploitation pour ses travailleurs. Fin octobre, des dizaines de milliers de travailleurs avaient déjà fui les lieux de peur d’y être confinés après l’apparition d’un foyer de COVID. Pour faire des économies, la direction avait en effet renoncé à faire appliquer des mesures sanitaires, mais s’apprêtait à enfermer les travailleurs dans l’usine. Après ce premier coup de semonce, l’émeute du 23 a été provoquée par le vol pur et simple d’une partie des salaires des ouvriers.

Ceux-ci avaient en effet signé des contrats promettant une prime mensuelle de 30 000 yuans payables dès le premier mois de travail. Ils se sont très vite rendu compte que ces primes ne leur seraient pas versées pour le premier mois. Cela a suscité la colère de nombreux travailleurs, qui comptaient sur ces primes pour les fêtes du Nouvel An lunaire.

Le 22 novembre, des ouvriers se sont rassemblés pour protester contre ce vol pur et simple. Ils ont été la cible d’une violente répression de la part des vigiles de l’entreprise, auxquels ils ont opposé une vaillante résistance. Le personnel de sécurité de Foxconn ayant été débordé, les autorités locales du PCC ont envoyé la police réprimer la mobilisation. Mais celle-ci était d’une telle ampleur que le gouvernement provincial du Henan a dû dépêcher en urgence des renforts de police depuis les villes voisines de Luoyang, Kaifeng, Zhumadian et Xuchang.

Cela n’a pas suffi à écraser la révolte. Les combats de rue entre la police et les ouvriers se sont étendus à l’ensemble de l’usine, malgré l’envoi de nouveaux renforts de police. La direction a finalement dû capituler et a promis de payer 10 000 yuans à tout travailleur qui accepterait de quitter l’usine immédiatement.

Les informations sur cette lutte se sont rapidement diffusées dans le pays. La lutte des travailleurs de Foxconn était une démonstration qu’il était possible de lutter, de s’opposer au régime, et d’obtenir des concessions. Cela a servi d’inspiration à toute une couche des masses chinoises, qui sont descendues dans les rues pour protester contre les mesures draconiennes de confinement.

Soulèvement contre les confinements

Dans un premier temps, les mesures strictes de confinement mises en place par le PCC ont permis de contenir le COVID bien mieux que dans les pays occidentaux. Mais, comme nous l’avons déjà expliqué dans de précédents articles, maintenir une stratégie « Zéro COVID » dans un seul pays n’est pas tenable. La Chine ne peut pas se couper du reste du monde et l’apparition de nouveaux variants du virus rend inévitable l’éclosion de nouveaux foyers.

Les masses chinoises ont dû payer au prix fort les mesures de confinement contre le COVID. Celles-ci ont lourdement perturbé leurs vies quotidiennes et conduit à de nombreuses pertes d’emploi. Le régime a de plus maintenu ces mesures bien plus longtemps que la plupart des autres pays. Il tente aujourd’hui de changer son fusil d’épaule, mais le caractère bureaucratique du régime signifie que ce changement ne peut que faire peser plus de souffrances sur les masses.

Après le XXe congrès du PCC, le régime a réduit les quarantaines appliquées aux étrangers à 5 jours au lieu de 7. Mais il a néanmoins continué à demander aux bureaucrates locaux d’appliquer strictement les règles des politiques « Zéro COVID ».

Au fur et à mesure que les restrictions de déplacement étaient levées, les cas de COVID ont naturellement recommencé à augmenter. Sous pression du pouvoir central, les bureaucrates locaux ont répondu à ces nouveaux foyers par une multiplication frénétique de confinements localisés aux règles particulièrement draconiennes. La bureaucratie espérait que les masses se plieraient à ses diktats sans réagir, mais celles-ci étaient déjà à bout. Quelque chose devait inévitablement casser… et c’est ce qui s’est produit.

A Urumqi, la capitale provinciale du Xinjiang, un incendie dans un immeuble d’habitation a causé au moins 10 morts (certains rapports affirment qu’il y aurait eu en réalité près de 44 victimes). Cette catastrophe a été le catalyseur d’un déferlement de colère. Beaucoup ont en effet pointé du doigt les strictes mesures de confinement imposées dans le quartier, qui auraient lourdement compliqué les opérations de sauvetage et causé de nombreux morts supplémentaires.

C’en était trop pour les masses, qui sont rapidement passées de plaintes sur les réseaux sociaux à des manifestations d’ampleur. Comme lors de nombreuses mobilisations précédentes, les manifestations ont été initiées par quelques individus en colère, qui ont pris un grand risque personnel en défiant les autorités. Leur exemple a entraîné des masses gigantesques. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues, défiant toutes les mesures de confinement, et marchant jusqu’à la mairie d’Urumqi.

Le déferlement de colère sur Internet a pris de telles proportions que le strict système de censure mis en place par le régime a été complètement débordé. Partout, des failles sont apparues et, en quelques jours, des rassemblements de solidarité et des manifestations spontanées se sont répandus dans de nombreuses grandes villes à travers tout le pays : Nanjing, Chongqing, Chengdu, Shanghai, Guangzhou, Wuhan, et Pékin.

La jeunesse a été à la pointe de ces mobilisations. Des mobilisations étudiantes massives ont eu lieu dans 79 universités, situées dans 15 provinces (sur 23). A Nanjing, des rassemblements nocturnes ont été organisés par les élèves de l’Ecole supérieure de journalisme, en violation de toutes les mesures de confinement. Les étudiants ont chanté l’hymne national et l’Internationale. Des rassemblements similaires se seraient aussi produits à Pékin et dans d’autres universités.

En dehors des universités, des citoyens ordinaires ont aussi manifesté. A Pékin, l’Internationale a été chantée par les manifestants durant une bonne partie de la nuit. A Shanghai, une foule s’est rassemblée dans une rue portant le nom de la ville d’Urumqi, avant d’être dispersée par la répression policière. Les arrestations n’ont pas eu l’effet escompté et ce rassemblement illégal s’est reproduit le lendemain.

La situation évolue rapidement, mais cette mobilisation est d’ores et déjà la plus importante qu’ait connue le pays depuis trois décennies.

La rébellion est dans l’air

Les marxistes soutiennent pleinement la lutte des masses contre les mesures draconiennes de confinement. Au final, celles-ci visent avant tout à maintenir le pouvoir dictatorial de la bureaucratie. C’est d’autant plus vrai que Xi Jinping a joué une bonne partie de sa réputation et de son autorité politique sur le succès des mesures de confinement.

Le régime est aussi mis en difficulté par la plus faible efficacité du vaccin « Sinovac » par rapport aux vaccins occidentaux. Cela est dû en grande partie au protectionnisme des puissances occidentales, qui ont refusé de partager la technologie du mRNA, mais le régime a encore aggravé la situation en refusant d’acheter des vaccins efficaces en Occident pour des considérations de prestige.

Mais le prestige et l’autorité du régime se disloquent. Les gens ont subi autant qu’ils le pouvaient sans que le COVID ne soit éliminé. Alors que les grandes entreprises ont bénéficié de nombreuses réductions fiscales et de subventions massives, les gens ordinaires n’arrivent plus à acheter de la viande et ont parfois du mal à trouver à manger durant les confinements.

Même si le régime se prétend « communiste », il n’y a pas trace de communisme en Chine. Les travailleurs n’ont aucun contrôle sur leurs entreprises, ni sur la société en général. Cette absence de contrôle de la base a mené à une accumulation de contradictions et de maladresses de la part de la bureaucratie et, en conséquence, à des souffrances supplémentaires pour les masses.

S’il existait en Chine une véritable démocratie ouvrière, la lutte contre la pandémie aurait bénéficié de l’investissement direct des masses. Cela aurait permis de minimiser les contaminations et de vacciner massivement tout en garantissant les emplois, les salaires et l’accès aux produits de première nécessité. Les gens ordinaires auraient eu accès à toutes les informations nécessaires et auraient été associés à l’effort collectif de défense de la santé publique. Au lieu de cela, on a assisté à une avalanche frénétique de mesures coûteuses et hasardeuses imposées à la population par la bureaucratie.

Aucune confiance dans les libéraux !

Arrivé à ce point, nous voudrions formuler un avertissement pour le mouvement. Pour l’instant, il ne semble pas que des éléments libéraux-bourgeois tentent d’intervenir dans le mouvement, mais cela peut changer. Le mouvement doit les rejeter avec vigueur, ainsi que tous ceux qui proposent d’appeler les puissances occidentales à l’aide. C’est précisément cette erreur qui a mené le mouvement de 2019 à Hong-Kong à la défaite. Il est probable que les gouvernements occidentaux apportent une « solidarité » hypocrite à ce mouvement « pour la démocratie », mais ces tentatives d’approche doivent être repoussées énergétiquement. L’impérialisme occidental n’est pas du côté des travailleurs chinois. Il ne cherche qu’à affaiblir la Chine, principal concurrent des Etats-Unis sur la scène mondiale, pour défendre ses propres intérêts impérialistes.

Nous devons aussi ne nourrir aucune illusion dans la capacité du PCC à se réformer. Le régime peut être contraint à des concessions, mais cela ne sera pour lui qu’une manœuvre visant à gagner du temps et à désarmer le mouvement, pour pouvoir ensuite réprimer tous ceux qui auront été à la pointe des mobilisations. L’idée qu’une évolution vers un véritable socialisme puisse être possible dans le cadre du régime doit être absolument exclue.

Pour l’instant, la majorité des rassemblements avancent des mots d’ordre qui se concentrent sur la fin des confinements, ou sur leur « humanisation ». Les appels à la chute du régime ou de Xi Jinping, ou les revendications libérales sur la liberté de la presse par exemple, restent très minoritaires. Si le régime choisit de réprimer férocement ces mobilisations, toute une génération de jeunes et de travailleurs sera forcée d’en tirer des leçons.

La répression tout comme le recours à des concessions sont des solutions risquées pour le régime. S’il est contraint d’offrir des concessions, cela serait une preuve qu’il n’est pas aussi tout-puissant qu’il le prétend et cela pourrait donner confiance aux masses pour réclamer plus. La répression, quant à elle, pourrait rajouter de l’huile sur le feu et provoquer de nouvelles couches de la population à passer à l’action.

Quelle que soit la façon dont évolue le mouvement, les couches les plus avancées de la jeunesse et de la classe ouvrière en tireront la leçon que des réformes démocratiques ne suffiront pas à régler les problèmes auxquels elles font face. La seule voie possible se trouve dans le renversement du régime du PCC et l’établissement d’une véritable démocratie ouvrière socialiste.

Le mouvement ne peut pas espérer que le régime reconnaisse sa défaite. Xi Jinping a concentré tous les pouvoirs et entend bien les garder. Il finira forcément par riposter aux mobilisations. Des arrestations et même parfois de véritables rafles de militants sont d’ores et déjà signalées dans certaines villes.

Ce mouvement n’en a pas moins relâché à l’air libre une somme de colère accumulée dans la masse des travailleurs et des jeunes. L’appareil de répression et de censure permettait au régime de projeter une image de stabilité et de solidité… jusqu’à ce que tout rejaillisse à la surface. L’instabilité apparaît clairement et une différenciation de classe se développe, sur la base des inégalités nourries par des décennies de développement capitaliste.

Tant que la transition capitaliste semblait fonctionner – et créer des emplois, développer la société et les forces productives – les masses pouvaient sentir que, malgré les inégalités croissantes, la situation s’améliorait, que l’on vivait mieux qu’avant et elles pensaient que cela allait continuer. Mais ce processus a atteint ses limites.

La croissance à deux chiffres appartient au passé. Toutes les contradictions du capitalisme poussent aujourd’hui les masses sur la voie de la lutte des classes. Mais les 40 dernières années de transition et de développement du capitalisme ont produit la plus grande classe ouvrière de la planète, forte de centaines de millions de travailleurs. Cette force gigantesque commence à s’éveiller. Les bureaucrates du PCC, tout comme les capitalistes chinois ou étrangers, ont de bonnes raisons de trembler.

Le vendredi 21 octobre, le syndicat socialiste des transports UBT a conclu un «accord » avec Uber, la société de plateforme qui propose des courses en taxi et des livraisons de repas sur la base d'un pseudo-travail indépendant. La nouvelle a fait l'effet d'une bombe. Avec cet accord, le syndicat rompt avec la lutte menée par le Collectif des Coursiers, l'organisation des chauffeurs de taxi Uber (USCP) et ACV United Freelancers. L’UBT prétend triomphalement que l'accord est un premier pas vers la « concertation sociale » dans le secteur, mais rien n'est moins vrai.

En Grande Bretagne, une campagne visant à refuser de payer ses factures d’énergie à partir du 1er octobre a le vent en poupe. Certains en Belgique, face à la menace de « 5 à 10 hivers difficiles » et la passivité complice du gouvernement, veulent s’en inspirer.  

Exproprier les capitalistes de l'énergie

« Les 5 à 10 prochains hivers seront difficiles », prévient le Premier ministre De Croo. Il ne s'agit pas du tout de prévisions météorologiques fondées, mais d'une véritable déclaration de guerre. Alexander De Croo, son gouvernement et les capitalistes de l'énergie annoncent comment ils vont nous prendre à la gorge dans les 10 prochaines années.

Du 23 au 26 juillet, la Tendance Marxiste Internationale (TMI) – dont Révolution est la section belge – organisait une Université en ligne. Pas moins de 7300 personnes s’y sont inscrites, soit 1000 de plus qu’en 2020, en pleine pandémie mondiale.

La mobilisation syndicale contre l'inflation passe à la vitesse supérieure

À la veille de la grande manifestation syndicale, les patrons frimaient : « il n'y a aucune volonté d'action dans les entreprises ». Cependant, 80 000 personnes ont répondu à l'appel des syndicats à descendre dans la rue à Bruxelles le 20 juin. Cela a entraîné une réduction de l'activité dans de nombreuses entreprises ce jour-là. Parfois, la production a même été interrompue en raison d'un manque de personnel. Les transports publics urbains et régionaux ont également été gravement perturbés. Business AM, le bulletin d'information économique et financier, a trouvé cette forte participation « quelque peu inattendue ». Les capitalistes et leurs médias sous-estiment apparemment sans vergogne le mécontentement qui règne dans les entreprises face à l'augmentation du coût de la vie. Ils le font à leurs risques et périls, car tôt ou tard, la tempête inflationniste forcera leur personnel à se lancer dans des actions de plus grande envergure. La grève générale de 24 heures annoncée par la FGTB pour le mois de novembre en témoigne.

Record d'inflation

L'inflation officielle approche dangereusement la barre des 10 %. Jamais, en quarante ans, il n'a été aussi élevé. Il s'agit de l'inflation générale. Mais rien n'entame plus profondément les revenus que l'inflation spécifique de l'énergie et des denrées alimentaires. Si le prix des vêtements, des meubles ou d'un smartphone augmente, vous pouvez en reporter l'achat. C'est déjà le cas. La situation est très différente en ce qui concerne la consommation de nourriture, de gaz et d'électricité ou le réservoir d'essence de la voiture. Cependant, là aussi, les habitudes d'achat changent sous l'influence des prix élevés. La consommation de gaz, par exemple, a été réduite d'un cinquième au cours du premier semestre. On trouve également de plus en plus de témoignages de personnes qui se font porter pâle pendant toute une semaine pour échapper au prix élevé d'un plein d’essence pour se rendre au travail. Dans le port d'Anvers, des travailleurs de la logistique racontent qu'ils préfèrent rester au travail quelques jours par semaine pour économiser sur les frais de transport.

« Mais il y a encore un index », gémissent en chœur le VBO et le VOKA. Oui, mais il s'agit d'un indice mutilé, le soi-disant « index santé ». Il est calculé sans tenir compte de l'augmentation des prix du pétrole... L'indexation effective des salaires et des prestations sociales est également retardée. Les factures, en revanche, ne sont pas retardées. Les salaires qui augmentent moins vite que l'inflation sont en fait des salaires qui baissent. C'est ainsi que la réalité est ressentie par de nombreuses personnes. Ce sont surtout les revenus les plus faibles qui souffrent le plus de la hausse des prix. C'est là que le coup est particulièrement dur. La part du loyer et de l'énergie dans les dépenses est plus élevée chez les familles les plus pauvres. La Banque nationale a calculé que les personnes qui se trouvent au bas de l'échelle financière de la société voient leurs dépenses augmenter un quart plus vite que celles qui ont des revenus plus élevés.

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Pauvreté

Une autre étude, réalisée par la KUL, montre que l'index ne protège que partiellement les familles. Nonante pourcent des personnes ayant un contrat d'énergie variable sont démunies. Les 10 % les plus pauvres voient leurs revenus diminuer de 7 %. Les mesures de soutien du gouvernement (réduction de la TVA et des accises, extension du tarif social, chèque énergie) ne sont que des palliatifs. Elles sont trop timides et arrivent trop tard.

Avec la loi salariale de 1996 qui verrouille les salaires, la marge salariale sera nulle en 2023/2024. C'est pourquoi cette loi doit être jeté à la poubelle. Nous ne devons pas compter sur le gouvernement Vivaldi pour cela.

La spirale « prix-profits »

Malgré l’appauvrissement de la population active, les patrons ont le cran de remettre en cause l'index. VOKA propose donc un saut d'indice de 3 %. Ils craignent ce qu'ils appellent une spirale « prix- salaires ». D'un doigt réprobateur, ils désignent les salaires. Il y a quarante ans, lors du précédent pic d'inflation, ils affirmaient la même chose. Selon eux, l'adaptation des salaires à l’augmentation des prix est la cause de l'inflation galopante. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Les augmentations de salaires suivent les augmentations de prix et ne les précèdent pas. Même un enfant de 5 ans le comprend. Mais l'attaque contre l'indexation automatique des salaires cache autre chose. Le patronat érige un écran de fumé autour des ses profits phénoménaux. Après tout, les bénéfices contribuent largement à l'inflation. Cela a été prouvé et une étude récente sur l'inflation aux États-Unis le confirme. 54 % de l'inflation y est due à la hausse des bénéfices. Les salaires, en revanche, ne contribuent que pour 8 % à l'inflation. (1)

En Belgique, les marges bénéficiaires des sociétés non financières n'ont jamais été aussi élevées en 25 ans. Ils sont également les plus élevés de toute l'Union Européenne. En 1996, la marge était de 26 %. L'année dernière, il était de 47 %. Les grandes entreprises de l'alimentation, des boissons et de l'énergie réalisent des bénéfices sans précédent. Les bénéfices d'Engie suffisent à eux seuls à financer les mesures de pouvoir d'achat du gouvernement. Selon les experts syndicaux, ces marges bénéficiaires contribuent pour près de la moitié à l'inflation en Belgique. (2)

Pas de dialogue social sans lutte des classes !

La FEB propose maintenant un accord tripartite (avec les syndicats et le gouvernement) « pour sortir ensemble de la crise ». Les syndicats ont réagi froidement, mais ils n'ont pas rejeté le principe d'un tel accord. C'est une erreur. Nous ne sortirons pas de la crise « ensemble ». Ce n'est que par la lutte des classes que nous pouvons défendre nos intérêts de classe. Les directions syndicales sont « accros » à la concertation sociale. C'est aussi le cas de nombreux délégués et militants dans tous les syndicats. Il est temps de se sevrer de cette addiction. D'autant plus que c'est censé être une situation ‘win-win’, mais dans la pratique, le patron y gagne généralement beaucoup plus que les travailleurs. La grève générale prévue par la FGTB en novembre devrait être avancée. Après le succès de la manifestation du 20 juin, il est dans notre intérêt d'augmenter la pression rapidement à la rentrée, de briser la loi salariale de 1996 et d'imposer un véritable index.

1) https://www.epi.org/blog/corporate-profits-have-contributed-disproportionately-to-inflation-how-should-policymakers-respond/

2) https://www.lecho.be/opinions/general/l-inflation-a-deja-rapporte-des-milliards-aux-entreprises/10396967.html

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