Les coursiers de Deliveroo à Londres, 'entrepeneurs indépendants', ont fait preuve d'une formidable conscience et de capacité d'action collective. Depuis le succès de leur grève, les coursiers de UberEAT sont aussi parti en action. Que se passe-t-il chez les coursiers ?

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Le mouvement de grève mené par les coursiers de l’entreprise Deliveroo a réussi à faire plier la direction sur les régressions prévues en termes de salaires et de conditions de travail. Défense et contre-attaque : de précieux enseignements peuvent être tirés par les travailleurs précaires de tous les secteurs.

La compagnie Deliveroo prévoyait de forcer les travailleurs à signer un nouveau contrat, sous peine de licenciement, selon lequel le salaire aurait été drastiquement réduit de £ 7  par heure (€ 8,2) et £ 1 (€ 1,17)  par livraison à un forfait de £ 3,75 (€ 4,4) par course. Cette « tentative » a été perçue avec justesse comme une attaque frontale par des centaines de travailleurs, qui ont débrayé pendant six jours en guise de protestation.

L’économie des petits boulots

L’entreprise Deliveroo fait partie de l’économie dite des « petits boulots » [la gig economy]. Les fast-foods et restaurants qui n’emploient pas leurs propres livreurs peuvent s’inscrire sur Deliveroo, qui répercutera ensuite sur le client et le restaurateur les frais de la course.

On nous serine que la flexibilité constitue la clef de ce nouveau modèle économique : flexibilité pour le secteur alimentaire, qui n’a pas à s’embarrasser de l’embauche de personnel ;  et soi-disant flexibilité pour les employés qui peuvent travailler quand ils le désirent. En réalité, pour les employés, « flexibilité » va de pair avec statut de travailleur indépendant.

C’est une astuce qui est utilisée dans le secteur de la construction depuis des décennies et qui a été rendue célèbre dans notre vie moderne par des entreprises de l’économie des petits boulots comme Uber. Cette fausse indépendance favorise le licenciement immédiat des travailleurs, sans conséquence légale, tout en permettant aux patrons d’esquiver une grande partie de cette fichue bureaucratie dont ils se plaignent avec plaisir et qui vient amoindrir leurs profits : contributions aux pensions, congés payés, congés maladie…

Cette nouvelle économie des petits boulots n’est rien d’autre qu’un reflet supplémentaire du déclin du capitalisme, qui, incapable de maintenir les conditions de travail du passé, durcit ses attaques et mène à toujours plus de précarisation, de baisse des salaires et à l’absence de garantie d’emploi.

Le round d’attaques récemment tenté par les patrons de Deliveroo n’a pas été déclenché par une haine nouvelle envers leurs travailleurs mais par les conditions du marché, c’est-à-dire par le capitalisme. Il va de soi qu’Uber et Amazon, dont le chiffre d’affaire écrase celui de Deliveroo, vont bientôt arriver sur le marché dans lequel Deliveroo opère actuellement Depuis 2015, Uber étend constamment la zone géographique couverte par son application de livraison de repas « UberEAT ». Ce qui veut dire que Deliveroo va répliquer par une politique d’expansion agressive, dans l’optique de doubler son chiffre d’affaire et pour s’assurer de ne pas être broyé lors de l’arrivée des gros joueurs.

La logique du capitalisme veut que les travailleurs paient les coûts de ces développements. Amazon et Uber vont sûrement vendre à perte pendant une certaine période pour court-circuiter et écraser Deliveroo. Et donc, sous le capitalisme, pour que Deliveroo préserve sa compétitivité, on ne peut qu’assister à toujours plus d’attaques sur les travailleurs, même parmi les indépendants déjà précarisés.

En Belgique, alors que le chiffre d’affaire de Deliveroo augmente de 25% chaque mois, les livreurs à vélo ont ainsi subi une baisse de salaire horaire de 9,7 euros à 8,8 euros, avec toujours plus de compétition, d’exigence de vitesse et de rendement, mais sans droit au chômage ni assurance-maladie.

Unité et action

L’atomisation et l’isolement des travailleurs de l’économie des petits boulots (secteur des fast-foods et industries similaires), combinée à un certain conservatisme et une léthargie de la part des dirigeants des principaux syndicats de la Grande Bretagne, ont fait que les travailleurs obligés d’entrer dans la catégorie des indépendants ont été négligés et sous-représentés au sein des grands syndicats, souvent découragés face au défi que représente le recrutement, l’organisation et la représentation d’une telle catégorie de travailleurs.

De plus petits syndicats et organisations, comme le syndicat indépendant de Grande-Bretagne (IWNG), ont donc temporairement comblé ce vide et atteint un certain succès en organisant les travailleurs actuellement négligés par les grosses centrales. Le succès du mouvement de grève chez Deliveroo montre la voie à tous les travailleurs pour continuer à combattre les attaques des patrons : organisation, unité et combativité.

Plus important encore, la grève prouve que c’est à travers la lutte que les travailleurs s’organisent et prennent la mesure de leur force, devenant exemple et force d’inspiration pour d’autres secteurs autour d’eux. Ce message doit être entendu dans tous les syndicats, lieux de travail et communautés : la grève marche, la combativité paye !

Cependant, malgré leur importance pour le mouvement syndical, il ne faut pas nous contenter de victoires défensives. Nous devons gagner un monde, et, pour ce faire, nous avons besoin d’un programme politique, incluant :

La fin de tout travail indépendant précaire et des contrats zéro heure !

Un salaire décent pour tous ! Plein emploi sans perte de salaire !

Une vie décente entièrement libérée du fardeau de l’esclavage salarial !

Les militants de Socialist Appeal combattent pour un tel programme socialiste au sein des organisations syndicales : rejoignez-nous !

Pour en savoir plus sur l'économie des petits boulots.

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