Lorsque les patrons de Delhaize, aidés par tout l’appareil judiciaire et répressif belge, oblige les travailleurs à s’en tenir à des piquets filtrants en interdisant sous peine d’astreinte les piquets bloquants, ils donnent un coup de massue sur ce qu’il reste de Démocratie en Belgique.

En France les gouvernements Macron successifs font usage d’articles de la constitution autorisant un gouvernement de passer en force des lois sans majorité parlementaire. On dit qu’ils « gouvernent par ordonnances » (1). Ce ne sont pas tout à fait les mêmes que celles employées par les patrons de Delhaize, mais on constate dans les deux cas une mise en sourdine des habituelles discussions en lien avec ladite concertation sociale propre à la démocratie bourgeoise. Cette « concertation » sociale qui est pourtant d’ordinaire la feuille de vigne derrière laquelle la bourgeoisie cache son autoritarisme et par laquelle elle essaye de convaincre ses « partenaires » du bienfondé de l’exploitation capitaliste.

 

Que reste-t-il aux travailleurs alors ?

Cela se voit assez clairement maintenant, même l’institut libéral Montaigne parle d’un « système grippé » de concertation sociale. (2)

Si les chemins légaux et de la concertation sont obstrués par la volonté de la classe dominante de s’affirmer comme seuls décisionnaires, alors les travailleurs n’ont plus vraiment d’autres choix que la radicalisation de leurs actions. Nous, marxistes, ne pouvons que nous en réjouir. Nous dénonçons depuis toujours l’impasse des tentatives de concilier les intérêts de la classe des travailleurs avec ceux de la classe des capitalistes.

Comme le dit bien un syndicaliste combatif liégeois : « si les patrons se comportent comme au 19ème siècle, alors les travailleurs aussi peuvent le faire ». Et il en va de leur avenir, de notre avenir à tous, de renouer avec des méthodes de lutte plus combatives.

 

Mais concrètement ?

Nous ne devrions pas avoir à nous coucher lorsque les huissiers arrivent pour casser la dynamique de grève. Si nous étions davantage nombreux sur les piquets nous pourrions empêcher que cela arrive. D’autant plus que comme ils remarquent que cela fonctionne bien, l’Etat et les patrons envoient de plus en plus souvent les huissiers et parfois même ailleurs que chez Delhaize, comme ce fut le cas récemment sur un piquet de la poste. Le potentiel pour faire face à cette répression antisyndicale est très grand parmi la base. La manifestation de 25,000 travailleurs fin mai pour les libertés syndicales le prouve. Mais une telle manifestation est purement « démonstrative » et sans effet si elle n’aboutit pas à une mobilisation effective et organisée devant les supermarchés de Delhaize. Imaginez, cette masse de travailleurs bloquant les dépôts de Zellik ! La police, les huissiers et les patrons auraient été impuissants. Imaginez 200 travailleurs décidés devant chacun de 128 Delhaize ou occupant le magasin ! Les dirigeants syndicaux se limitent par peur de l’affrontement à des actions symboliques. Ils s’accrochent vainement à l’espoir de la concertation sociale et  attendent l’appui de leurs « amis » politiques. Pour gagner cette bataille chez Delhaize il faut se place fermement sur le terrain de la lutte des classes. La seule force des travailleurs de Delhaize qui se battent comment des lions est insuffisante pour gagner. Ce n’est pas la combativité qui fait défaut mais une stratégie de lutte à l’échelle du mouvement ouvrier tout entier. Le rapport de force doit venir de l’action de grève de la solidarité interprofessionnelle.

Notre classe a conquis bien plus par le passé avec des méthodes de lutte radicales et collectives. Elle a accompli plus pour les droits démocratiques dans notre pays que n’importe quelle autre classe ou couche sociale. Contrecarrer la volonté patronale d’abîmer les vies de travailleurs honnêtes chez Delhaize est largement à notre portée !

 

Le combat n’est pas fini

Malgré ce que scandent Delhaize et la presse bourgeoise, il n’est pas encore trop tard pour gagner cette bataille qui en annonce de toute façon bien d’autres. En septembre un plan d’action est d’ailleurs annoncé. Nous n’en connaissons pas encore bien la teneur. Nous croyons qu’il n’est pas trop tard pour relancer des grèves qui iraient crescendo de tous les Delhaize avec un blocage dans les entrepôts la veille, vers une grève sectorielle la semaine suivante avec un vrai front commun mobilisateur, puis vers une grève générale qui pourrait être prolongée les semaines suivantes. Pourquoi se priver de nos meilleures armes face à des patrons de multinationales qui refusent d’entendre le moindre argument et qui sont tellement puissants qu’ils décident visiblement à la place des élus et du gouvernement ? Et qui, pour couronner, augmentent leurs prix pour faire des profits opportunistes tout en se gavant de cadeaux fiscaux gracieusement offerts par le néolibéralisme. Pendant que la majorité des travailleurs de tous les secteurs confondus en subit le contrecoup dans leur petit budget…

Des instaurations, par la force et grâce à la loi, des services minimums, jusqu’aux très récentes ordonnances par huissiers pour casser les piquets de grève, en passant par les multiples condamnations des grévistes, la bourgeoisie érode la force de frappe de la classe ouvrière pour la tenter de la réduire au silence. Combien de temps allons-nous nous laisser faire ? Alors que tout ce dont avons besoin pour qu’ils arrêtent de nous piétiner est une démonstration de force digne de ce nom.

 

Sources :

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/06/10/emmanuel-macron-champion-du-recours-aux-ordonnances-derriere-francois-hollande_5474289_4355770.html

(2)  https://www.crisp.be/2023/08/les-syndicats-en-belgique-lillusion-de-la-puissance/

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