Voici un témoignage sur les difficultés que rencontrent encore aujourd'hui des femmes qui désirent avorter en Belgique.

Comme chaque année, la Tendance Marxiste Internationale (TMI), dont Révolution-Vonk est la section belge, organise une grande collecte auprès de ses militants et sympathisants. Le résultat de cette collecte sera annoncé lors de l’Ecole mondiale de la TMI, qui se tiendra en ligne du 23 au 26 juillet, et à laquelle tous nos sympathisants sont invités à participer. Elle réunira des milliers de révolutionnaires des quatre coins du monde.

Lisez le tract que nous allons diffuser lors de la grande manifestation syndicale du 20 juin

L’hôpital Saint-Pierre, grand hôpital public du centre-ville bruxellois, connaît un mouvement important des travailleurs du gardiennage contre la privatisation de leur service.

En effet, le gardiennage y est encore « interne », une exception de nos jours. Ce combat contre la privatisation dans ce très grand hôpital (plus de 2400 travailleurs, près de 600 lits), montre la conscience claire qu’ont les travailleurs dans la nécessité de revendiquer des services publics pour le bien de tous, travailleurs comme patients.

« Le principal défi pour une grève réussie dans l’éducation est de fermer les écoles en construisant et en préservant l’unité d’action parmi les enseignants, tout en obtenant le soutien du public. »

C’est ce que conclut Eric Blanc à partir de son enquête « Red State » qui porte sur les grandes grèves de l’éducation en 2018 dans certains États sous contrôle républicain[1]. Le contexte social dans ces Etats est extrêmement défavorable aux organisations syndicales. Mais malgré cela, à partir de réseaux de militants convaincus et persévérants, plusieurs grèves de masse ont été préparées en quelques mois, avec des résultats impressionnants.

Le temps de travail et le temps libre sont des enjeux importants ! La durée du temps de travail recouvre aujourd’hui des réalités très complexes, entre CDD et CDI, temps partiels, stages et autres aménagements. Flexibilité et disponibilité sont vues par les entreprises comme des valeurs essentielles du travail. Dans cette optique sont remis en cause les horaires, les week-ends, l’âge de la pension ou certains jours fériés.

En début de semaine dernière, le gouvernement suédois a déposé une demande formelle d’adhésion à l’OTAN. Nos camarades de Revolution, la section suédoise de la TMI, s’y opposent et ont publié cette déclaration le 18 mai.

L’impérialisme américain est le plus puissant soutien de l’exploitation capitaliste, de la pauvreté et de la misère. Le gouvernement de Stockholm a décidé qu’il était dans l’intérêt de l’impérialisme suédois de rejoindre l’OTAN, l’alliance militaire que dirigent les Etats-Unis. Nous déclarons : à bas l’OTAN, à bas l’impérialisme – vive la solidarité internationale de la classe ouvrière !

Il y a à peine plus de vingt ans, après le 11 septembre 2001, l’impérialisme américain invoquait l’Article 5 de la charte de l’OTAN, le Traité de l’Atlantique Nord. Cet article stipule qu’une attaque militaire contre l’un des Etats membres équivaut à une attaque contre chacun d’entre eux.

Cet article était alors activé pour une raison : rallier les Etats membres de l’OTAN pour rejoindre l’invasion de l’Afghanistan. Ils ont ensuite passé vingt ans à « promouvoir la démocratie et la liberté » en rasant le pays, en détruisant des millions de vies et en laissant derrière eux un pays au bord de la dislocation, placé de nouveau sous le joug des Talibans.

L’OTAN est l’expression militaire de l’impérialisme américain, et il n’est pas nécessaire de mentionner la longue liste de ses crimes (de guerre). La bourgeoisie suédoise, qui cherche à se présenter comme défenseure de la « paix », de la « démocratie », etc., prétend naturellement que l’OTAN est un outil de défense. Ce n’est vrai que si vous voulez dire par là la défense du droit des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne… à assassiner, piller et voler librement à travers le monde. Les travailleurs suédois ne seront pas plus en sécurité au sein d’une telle alliance – bien au contraire.

Des intérêts impérialistes

L’impérialisme suédois est un joueur trop petit pour pouvoir prétendre jouer un rôle significatif dans la plupart des conflits impliquant les autres puissances impérialistes. Son rôle principal a été d’exporter énormément d’armes : en 2021, son plus gros client était les Emirats arabes unis – et sa principale victime, le peuple du Yémen.

A l’heure actuelle, les impérialistes suédois sont occupés à faire progresser leurs intérêts dans les pays baltes. Par exemple, plus de la moitié du système bancaire y est désormais la propriété de seulement deux banques suédoises (Swedbank et SEB). Cela a placé les impérialistes suédois en conflit avec l’impérialisme russe, plus puissant. La bourgeoisie suédoise pousse depuis longtemps pour un durcissement de la position de l’OTAN en Europe de l’Est et de la Baltique. En rejoignant officiellement l’Alliance atlantique, elle peut renforcer son influence pour défendre ses investissements et ses profits.

Autrefois, la Suède avait l’habitude de tenter de se doter d’une façade humanitaire. Officiellement neutre et se présentant comme une amie des petites nations et des pays opprimés, elle était en réalité fermement alignée sur l’OTAN et les Etats-Unis pendant la Guerre froide. Depuis la chute de l’Union soviétique, elle s’est progressivement rapprochée de l’OTAN et a abandonné toute prétention à la neutralité. En 1994, la Suède a rejoint un projet de l’OTAN au nom orwellien de « Partenariat pour la paix ». Et, à partir de 2003, les troupes suédoises ont combattu en Afghanistan sous la direction de l’OTAN, en tant que membre de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS). En 2014, la Suède a signé un Mémorandum d’entente avec l’OTAN, qui permettait à l’Alliance d’utiliser plus facilement la Suède pour ses exercices militaires et comme base pour ses opérations contre la Russie.

Avec l’invasion de l’Ukraine, la bourgeoisie suédoise a relâché une avalanche de propagande pour pousser la population à soutenir les impérialismes suédois, européen et américain. Ils ont affirmé contre toute évidence que Poutine souhaitait envahir la Suède et occuper l’île de Gotland dans la mer Baltique, et d’autres inepties du même genre. Personne ne peut prendre ça au sérieux. Le seul cas de figure où la Russie pourrait être amenée à attaquer frontalement la Suède serait dans le cadre d’une campagne de guerre ouverte contre les puissances d’Europe centrale – à commencer par l’Allemagne. Tout le monde peut comprendre que Poutine n’aurait aucune chance de gagner une telle guerre. Un tel scénario est complètement exclu. Le principal objectif de cette campagne de propagande est d’effrayer les travailleurs pour qu’ils soutiennent l’adhésion de la Suède à l’OTAN.

Pendant des années, les impérialistes suédois ont forgé tout un tas d’histoires paranoïaques sur des sous-marins soviétiques, puis russes, qui violeraient les eaux territoriales suédoises. En 2014, des observations de soi-disant sous-marins russes par d’anciens militaires ont été largement médiatisées par la presse bourgeoise, et confirmées par l’armée suédoise. Sans surprise, il fut plus tard démontré qu’il s’agissait de faux. Le sous-marin suspect n’était en réalité que des pièces d’équipement météorologique défectueux, comme l’ont révélé des sources militaires.

La trahison des partis ouvriers

Le gouvernement social-démocrate ne s’est pas contenté d’envoyer des armes pour aider à la guerre par procuration que mènent les Etats-Unis en Ukraine, mais a également augmenté les dépenses militaires pour atteindre les exigences de l’OTAN, soit 2 % de son PIB. La direction du parti s’est rallié à une position ouvertement pro-OTAN dans les jours qui ont suivi l’invasion de l’Ukraine. La classe dirigeante suédoise a vu qu’une opportunité apparaissait pour adhérer à l’OTAN. Ces dernières semaines, le Parti social-démocrate a mené une véritable parodie de « discussions » et de « débats » internes, du genre de celui de la semaine dernière auquel personne n’a semblé juger utile d’inviter qui que ce soit d’hostile à l’OTAN. C’est une parodie de démocratie interne, où toutes les décisions ont été prises en avance par les dirigeants droitiers.

La seule opinion qui importe pour ces dirigeants sociaux-démocrates est celle de la classe dirigeante suédoise. En avril, le gouvernement suédois, représenté par le ministre des Finances Damberg, a rencontré le président finlandais et les représentants militaires à Helsinki. Avait été aussi invité le chef d’une des principales grandes familles capitalistes de Suède, Jacob Wallenberg. Soit dit en passant, cette famille contrôle aussi SAAB, le plus gros exportateur d’armes suédois, ainsi que la banque SEB, déjà mentionnée plus haut.

Plusieurs représentants des grosses entreprises se sont prononcés en faveur de l’adhésion à l’OTAN, et les représentants des entreprises de Finlande ont déclaré que si la Suède ne rejoignait pas l’OTAN, cela pourrait « être négatif pour attirer des investissements étrangers ». Jacob Wallenberg a salué le choix des dirigeants sociaux-démocrates en faveur de l’adhésion à l’OTAN, ce qui rend encore plus clair que ces derniers bénéficient du soutien et de l’approbation de la bourgeoisie. « Les entreprises suédoises ont toujours joué un rôle actif dans la sécurité de la Suède, la défense de notre pays et la nécessité de collaborer avec d’autres », affirme Wallenberg.

Les capitalistes suédois se frottent en effet les mains en imaginant les opportunités que l’adhésion à l’OTAN va ouvrir pour eux, en particulier dans l’industrie de l’armement. Un article du quotidien patronal Dagens industri décrivait avec enthousiasme les perspectives que la guerre en Ukraine représentait pour SAAB, et soulignait que l’adhésion à l’OTAN en ouvrait bien d’autres encore : « L’adhésion de la Suède à l’OTAN est une opportunité exaltante pour SAAB. Cela ouvrirait de nouveaux marchés pour notre entreprise, et les ventes seraient facilitées… SAAB aurait alors une opportunité en or d’augmenter ses prix et d’être payé plus, afin que les actionnaires en bénéficient eux aussi. »

Malheureusement, la direction du Parti de gauche a plié sous la pression de la bourgeoisie. Il est vrai que, formellement, le parti maintient son opposition à l’OTAN, mais cette opposition est faible et extrêmement confuse. Ses dirigeants ont par exemple voté pour la hausse du budget de défense jusqu’au montant exigé pour adhérer à l’OTAN (2 % du PIB). Ils ont également plusieurs fois affirmé qu’il était important de signer des accords de défense avec d’autres pays et ont voté pour l’envoi d’armes à l’Ukraine, ce qui ne sert qu’à prolonger la guerre.

Nooshi Dadgostar, qui est un des dirigeants du Parti de gauche, a déclaré en avril : « Ma position, c’est que nous sommes plus en sécurité en Suède si nous sommes en dehors de toute alliance militaire. Mais c’est important qu’on ait un consensus large. Qu’on décide de ça ensemble, comme un seul peuple, une seule nation. Je ne suis pas souvent d’accord avec [l’ancien Premier ministre conservateur] Carl Bildt, mais sur cette question, c’est le cas. Il y a la gauche et il y a la droite, mais l’armée suédoise, c’est tous les Suédois unis. »

Depuis le premier jour de la guerre, cette propagande nationaliste a été au cœur de la ligne de la direction du Parti de gauche. En laissant leur opposition de pure forme à l’OTAN, ils ne se différencient presque pas des autres partis et des médias : ils parlent de la nécessité de faire front ensemble face à la « menace russe », de défendre la sécurité de la Suède, etc. Ils ne se sont pas opposés à l’OTAN sur le principe qu’il s’agit d’une alliance pour mener des guerres impérialistes et pour l’exploitation. À la place, ils se sont concentrés sur des points complètement secondaires, tels que le fait que des « nations non-démocratiques » comme la Hongrie ou la Turquie en étaient membres, ou que Donald Trump pourrait redevenir président des Etats-Unis. Cela vient renforcer la position défendue par les libéraux, pour qui bombarder des civils, raser des pays entiers et perpétrer des crimes de guerre est acceptable tant que c’est fait par leurs propres représentants, des gens comme Obama ou Biden. En fin de compte, au lieu de marquer une opposition claire à l’OTAN, ils se sont concentrés sur l’idée que la question soit tranchée par un référendum.

Cette trahison par les dirigeants des principaux partis ouvriers a décapité le mouvement. Cela a donné à la classe dirigeante la parfaite opportunité de formaliser leur collaboration avec l’impérialisme américain, par le biais de l’adhésion à l’OTAN.

Non à l’OTAN !

Malgré une propagande militaire incessante dans tous les médias bourgeois, plus de la moitié de la population suédoise est encore opposée à l’OTAN, ou hésite. Cela démontre que cet outil impérialiste suscite un très sain scepticisme dans des couches importantes de la population et de la classe ouvrière.

La gauche et le mouvement ouvrier devraient dénoncer l’adhésion à l’OTAN comme un outil de guerre et d’oppression. Il est évident que ce n’est pas ce que feront les directions actuelles du mouvement ouvrier et des syndicats. C’est pourquoi nous devons nous battre pour réarmer le mouvement ouvrier avec un programme révolutionnaire et authentiquement internationaliste.

La véritable alternative à l’adhésion à l’OTAN n’est pas de revenir à la soi-disant neutralité, qui consistait à conclure des alliances secrètes dont les capitalistes pensaient qu’elles allaient accroître leur part des profits impérialistes à l’échelle internationale. La véritable alternative est une lutte sans concessions contre l’impérialisme. Cette lutte doit reposer sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur un programme pour la révolution socialiste mondiale.

La TMI en Suède, Revolution, va continuer son combat contre l’OTAN, l’impérialisme suédois et le système capitaliste. La décision de demander à intégrer l’OTAN démontre la décomposition de l’impérialisme suédois et la nécessité d’abolir le capitalisme pour garantir la paix et la sécurité à tous.

  • Pas un homme, pas un sou pour la machine de guerre de l’OTAN !
  • A bas l’impérialisme ! A bas le capitalisme !
  • Luttons pour le socialisme ! Vive la solidarité internationale de la classe ouvrière !

L’augmentation du prix de l’énergie et l’inflation généralisée poussent les loyers des kots étudiants à la hausse. Les premiers effets se font déjà sentir: plusieurs étudiants néo louvanistes dont les charges ne sont pas comprises dans leurs loyers ont fait part sur les réseaux sociaux d’une augmentation de leurs charges, La VUB (une université bruxelloise néerlandophone) a augmenté la grille des loyers des logements étudiants qu’elle loue1 d’au moins 50€ … Et ceci, alors que la VUB a fait des marges bénéficiaires de plus de 10 millions en 2021 et de plus de 40 millions en 20202.

Caché derrière grandes puissances de l'OTAN on retrouve l'impérialisme belge. La classe dirigeante belge s'est longtemps présentée comme le plus fidèle serviteur d'une Union européenne plus forte et économiquement agressive. Ainsi, elle pense pouvoir accéder à des marchés qui seraient autrement inaccessibles.

La NUPES suscite l’adhésion de millions de jeunes et de travailleurs. Ils considèrent cette alliance électorale comme la seule possibilité de battre la droite aux élections législatives – ou, au minimum, comme un bon moyen de renforcer l’opposition de gauche au sein de la prochaine Assemblée nationale, et en particulier le groupe parlementaire de la FI.

Par ailleurs, les « accords » constitutifs de la NUPES reprennent plusieurs mesures clés du programme officiel de la FI (sur les retraites, le Smic, le blocage des prix, etc.) Sur ce plan, l’alliance apparaît donc aux électeurs de Mélenchon comme un prolongement direct du programme officiel de la FI, L’Avenir en commun. Ainsi, la NUPES n’ouvrirait pas seulement la perspective de battre la droite ; elle ouvrirait aussi, et surtout, la perspective d’un gouvernement de gauche qui – à la différence de celui de François Hollande (2012-2017) – engagerait une véritable politique de réformes sociales progressistes.

Révolution est évidemment favorable à la défaite de la droite et de l’extrême droite, les 12 et 19 juin prochains. Nous appelons nos lecteurs à voter pour les candidats de la NUPES. Cependant, cette alliance soulève un certain nombre de problèmes qui ne sont pas du tout secondaires.

Réformisme

En amont de l’élection présidentielle, Révolution a appelé à se mobiliser autour du candidat de la FI. Comme en 2017, notre soutien avait un caractère critique. Comme organisation marxiste, nous avons de nombreuses divergences avec les idées et le programme de la FI. Nous en avons donné un aperçu dans une brochure. Son argument central peut se résumer ainsi : un gouvernement de la FI serait immédiatement confronté à d’énormes pressions de la classe dirigeante française – et internationale – pour qu’il renonce à son programme de réformes sociales. Face à ces pressions colossales, un gouvernement de la FI ferait rapidement face à deux options : soit capituler, c’est-à-dire renoncer à la mise en œuvre de son programme (comme l’a fait Tsipras en Grèce, en 2015) – soit, au contraire, passer à l’offensive, c’est-à-dire engager une politique de rupture avec le système capitaliste en nationalisant tous les grands leviers de l’économie, sous le contrôle démocratique des salariés.

La carence majeure de L’Avenir en commun réside précisément dans le fait de ne pas tenir compte de cette alternative. Il ne vise pas la rupture avec le système capitaliste. Dès lors, un gouvernement de la FI serait vulnérable aux pressions – inévitables et implacables – de la classe dirigeante.

Ce qui vaut pour un gouvernement de la FI – appuyé sur une majorité de députés « insoumis » – vaut aussi, à plus forte raison, dans l’hypothèse d’un gouvernement de la NUPES, dont la majorité parlementaire serait composée non seulement de députés de la FI, mais également de députés du PS et d’EELV. En effet, si L’Avenir en commun n’envisage pas de rompre avec le capitalisme, les dirigeants du PS et des Verts l’envisagent encore moins. Le PS et les Verts représentent l’aile droite du réformisme : toute leur politique se déploie strictement – et fermement – dans les étroites limites du système capitaliste.

Olivier Faure, Julien Bayou et compagnie considèrent l’économie de marché et la grande propriété capitaliste comme d’implacables nécessités avec lesquelles il faut composer. Et comme la bourgeoisie exige des contre-réformes drastiques, sur fond de crise économique et de déclin du capitalisme français, les dirigeants des Verts et du PS n’osent pas proposer de sérieuses réformes progressistes. Leur véritable programme – celui qu’ils ont défendu pour l’élection présidentielle – est extrêmement modéré. Lorsqu’ils sont au pouvoir, ils abandonnent la plupart de leurs réformes archi-modérées et mènent une politique de contre-réformes, sous la dictée du Medef. Le gouvernement de François Hollande en fut une illustration limpide.

La fragilité de l’« accord »

Il est vrai que pour constituer la NUPES, les dirigeants des Verts et du PS ont dû signer des « accords » dont le contenu programmatique est plus à gauche que les programmes présidentiels de Jadot et Hidalgo. Cependant, l’unique raison de ce « virage à gauche » est évidente : sans la NUPES, le PS et les Verts auraient subi une déroute aux élections législatives, compte tenu de leurs scores respectifs à la présidentielle (1,7 % et 4,6 %) et du score de la FI (22 %). La NUPES offre aux Verts et au PS de bien meilleures perspectives, en termes de sièges « gagnables », que n’en aurait offertes une campagne sans alliance nationale avec la FI, dès le premier tour.

Lors des négociations avec les Verts et le PS, la direction de la FI était donc en position de force pour les contraindre de signer des « accords » contenant plusieurs mesures clés de L’Avenir en commun. [1] Cependant, supposons que la NUPES remporte les élections législatives. La classe dirigeante s’opposera immédiatement, et très fermement, à la mise en œuvre de son programme. Elle exercera différents types de pressions, notamment économiques : chantage à l’emploi, fuite des capitaux, etc. De l’Elysée, Macron fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’opposer aux réformes sociales du gouvernement. Enfin, la pression de la classe dirigeante trouvera de solides relais parmi les députés Verts et PS. Forts de leur poids dans la majorité parlementaire, ces derniers seront en position d’exiger de la FI qu’elle renonce à la mise en œuvre de son programme. Autrement dit, la pression de la bourgeoisie trouvera une expression directe dans cette composante de la majorité parlementaire.

Pour éviter la fracturation de cette majorité, et donc la chute du gouvernement, la FI serait poussée à réviser à la baisse ses objectifs programmatiques. Mais la pression de la bourgeoisie ne cesserait pas de s’exercer : elle exigerait sans cesse de nouvelles concessions, ce qui entraînerait la FI sur la trajectoire parcourue par Podemos, en Espagne, dans le cadre de sa participation au gouvernement du PSOE. A force de concessions programmatiques, Podemos a détruit une bonne partie du soutien qu’il avait conquis dans les couches les plus radicalisées de la jeunesse et de la classe ouvrière espagnoles.

On pourrait nous objecter que le PSOE, en Espagne, compte beaucoup plus de députés que Podemos, alors que la FI s’est réservée une large majorité des sièges « gagnables ». Mais cela ne règle pas le problème que nous soulevons, car en vertu de l’accord constitutif de la NUPES, il est absolument exclu que les députés de la FI soient majoritaires à l’Assemblée nationale, en juin prochain. Si la NUPES remporte les élections, la majorité parlementaire dépendra, mathématiquement, des députés du PS et des Verts. Or, une fois élus, ces derniers évoqueront des circonstances « impérieuses » pour remettre en cause le programme de la NUPES.

Nous ne sommes pas opposés à tout type d’accord de la FI avec le PS et les Verts. Par exemple, des accords de désistement, au deuxième tour, auraient pu être justifiés dans certains cas. Mais l’ampleur de l’accord constitutif de la NUPES place la FI dans une situation telle que, si elle dirige le prochain gouvernement, elle subira des pressions droitières venant d’une fraction décisive de sa propre majorité. C’est la raison fondamentale de notre opposition à cet accord.

Démobilisation

Ceci dit, une victoire de la NUPES est loin d’être évidente. Dans la masse de la jeunesse et du salariat, le PS et les Verts sont énormément discrédités. Il est vrai que des millions d’entre eux voteront quand même pour la NUPES, car celle-ci est dominée par la FI et reprend des mesures clés de son programme. Mais il est possible qu’une importante fraction de la jeunesse et du salariat s’abstienne – ou, comme à la présidentielle, vote pour le RN.

C’est l’autre problème que pose la NUPES : une alliance avec les Verts et le PS n’est pas de nature à mobiliser les millions d’exploités et d’opprimés qui, face aux trahisons successives de ces deux partis, se sont réfugiés dans l’abstention ou dans le vote RN. Par ailleurs, une fraction de l’électorat de Mélenchon à la présidentielle se démobilisera, pour les mêmes raisons. Compte tenu de la lamentable campagne présidentielle de Fabien Roussel, même la participation du PCF à la NUPES n’est pas de nature à susciter beaucoup d’enthousiasme dans l’électorat de Mélenchon.

Sur le terrain, on constate une certaine démobilisation des militants de la FI dans des circonscriptions qui ont été attribuées au PS, aux Verts et au PCF. C’était prévisible.

Electoralisme

Parmi les militants de la FI circule un argument « pragmatique » qui peut se formuler ainsi : « Certes, la NUPES ne suscite peut-être pas un enthousiasme général, en particulier dans les 220 circonscriptions réservées au PS, aux Verts et au PCF. Mais grâce à cet accord, la FI remportera davantage de sièges qu’elle n’en aurait gagnés à l’issue d’une campagne électorale menée sous son propre drapeau. Tactiquement, c’est bien joué ». Cela ne nous semble pas évident. Compte tenu des scores respectifs des composantes de la NUPES à l’élection présidentielle, une campagne radicale de la FI, sous son propre drapeau, aurait certainement obtenu de bons résultats.

Mais l’essentiel est ailleurs. Même si on le suppose exact, le calcul « pragmatique » en question pose problème : il subordonne entièrement la stratégie de la FI au seul et unique objectif d’obtenir un maximum de députés – à l’exclusion de toute autre considération. Or il y a bien d’autres considérations en jeu dans la lutte contre la droite et la classe dirigeante.

Premièrement, la NUPES affaiblit la FI sur le plan organisationnel : dans les circonscriptions réservées à ses partenaires, de nombreux militants jettent l’éponge. C’est d’autant plus regrettable que la FI a enregistré une vague d’adhésions significative avant et après le premier tour de la présidentielle.

Deuxièmement, la NUPES est un obstacle à la progression de la FI parmi les millions de travailleurs, de chômeurs et de pauvres qui, suite aux trahisons de la « vieille gauche », s’abstiennent ou votent pour le RN.

Enfin, la direction de la FI devrait expliquer la nécessité de préparer de grandes mobilisations sociales sous la forme de manifestations et de grèves, sans lesquelles aucune victoire de notre classe ne sera possible.

[1] Le plus significatif, à cet égard, ce n’est pas ce que les Verts et le PS ont accepté de signer ; c’est plutôt la résistance qu’ils ont opposée à certaines formulations de la FI. Par exemple, dans l’accord signé avec le PS, la « planification écologique » a été transformée en « démarche de planification ». Pour le dirigeant « socialiste » moyen, l’idée de « planification » évoque un monde infernal dans lequel l’économie de marché ne pourrait plus se déployer librement. La « démarche » vers l’enfer ouvre au moins la possibilité de faire demi-tour avant d’en franchir le seuil.

Voici la nouelle publication de Révolution sur la lutte contre les oppressions LGBT et pour la révolution socialiste. Elle compte 40 pages et est en vente auprès de nos militants pour 2 euro. Pour recevoir la brochure chez vous verser 5 euros (frais de port inclus) sur IBAN BE15 0011 3702 7330 BIC GEBABEBB avec mention 'Brochure LGBT'. Lisez l'introduction à la brochure.

Ces derniers semaines le monde sanitaire et des soins en France est bouleversé par la publication d’une enquête sur les conditions de vie des résidents en EPHAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgés dépendantes) [le terme qu’on utilise en France pour les maisons de repos] qui raconte aussi à quoi sont confrontées les travailleuses (dans le secteur du soin la plupart des salariés sont des travailleuses).

« Les conditions économiques avaient d’abord transformé la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a créé à cette masse une situation commune, des intérêts communs. Ainsi cette masse est déjà une classe vis-à-vis du capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte… cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. Les intérêts qu’elle défend deviennent des intérêts de classe. » -Karl Marx, 1847

Une nouvelle crise est venue secouer la politique américaine, pourtant déjà bien polarisée. Une fuite vient de rendre public un projet rédigé par le juge Samuel Alito au nom de la majorité de la Cour suprême. Il révèle que cette institution réactionnaire se prépare à invalider l’arrêt historique « Roe contre Wade ». Cet arrêt de 1973 avait déclaré que la Constitution américaine protégeait la liberté pour une femme enceinte de recourir à une IVG sans avoir à subir de restrictions gouvernementales excessives. L’argument du juge Alito est simple : puisque la question de l’avortement n’est pas explicitement désignée comme une prérogative fédérale dans la Constitution, elle relève des droits des différents Etats et le pouvoir fédéral ne doit pas avoir son mot à dire à ce sujet. Roe v. Wade est donc d’après lui « inconstitutionnel » et le droit à l’avortement ne devrait pas être protégé par l’Etat fédéral.

Une question de classe

Le fait que ce projet, théoriquement secret, ait été rendu public par un lanceur d’alerte illustre les profondes divisions qui existent au sommet de la société américaine. La classe dirigeante se déchire en cherchant un moyen de résoudre les insolubles contradictions inhérentes au capitalisme. Une partie de la classe dirigeante cherche à enrayer la poussée de la lutte des classes en mettant en scène une soi-disant « guerre culturelle » sur des questions comme l’avortement ou le racisme. Une autre craint les mobilisations de masse que cela pourrait susciter. Cette division est un signe de faiblesse de la part des défenseurs du statu-quo capitaliste. Pour autant, cela ne change rien au fait que, pratiquement du jour au lendemain, des dizaines de millions de femmes vivant dans le pays le plus riche du monde pourraient être projetées dans une barbarie digne des siècles passés.

Sans cette protection fédérale, les femmes enceintes qui choisiront de se faire avorter devront recourir à des établissements souvent très chers, peu sûrs et non réglementés, mettant en danger leur santé, voire leur vie, mais aussi leurs économies. Les femmes riches pourront toujours trouver un moyen d’avoir accès à des médecins privés de qualité, hors de l’Etat ou même à l’étranger si nécessaire. Mais pour les femmes pauvres de la classe ouvrière, c’est une autre histoire. Et elles ne seront pas les seules à en souffrir. Leurs compagnons, leurs enfants, etc. devront aussi payer le prix de ce recul social. Cette attaque particulièrement odieuse contre les femmes de la classe ouvrière est en fait une attaque contre tous les travailleurs.

Le rôle nuisible des démocrates

Malgré tous leurs beaux discours sur les droits des femmes, les démocrates ont joué un rôle particulièrement nuisible sur cette question. Ils ont facilité les reculs subis depuis des décennies par le droit à l’avortement. En 1973, l’actuel président Joe Biden, qui n’était alors qu’un sénateur démocrate parmi d’autres, avait déclaré publiquement qu’il ne pensait pas qu’« une femme a un droit exclusif de choisir ce qui doit arriver à son corps ». En 1977, il a même pesé de tout son poids pour empêcher que le gouvernement fédéral ne puisse aider au financement des avortements, spécifiquement dans les cas de viol et d’inceste. De manière plus générale, Obama et Biden ont tous deux promis durant leurs campagnes électorales (en 2008 pour Obama et en 2020 pour Biden) que, s’ils étaient élus, ils feraient du droit à l’avortement une loi fédérale, afin d’empêcher que la Cour suprême ne puisse revenir sur l’arrêt « Roe contreWade ». Ils ne l’ont jamais fait, alors même qu’ils contrôlaient (et contrôlent encore) la Chambre des représentants, le Sénat et la Maison-Blanche.

Après des décennies à se soumettre aux règles du jeu, il est clair que celles-ci sont truquées depuis le début. Le fait même que « Roe contre Wade » risque d’être annulé montre à quel point est futile cette confiance dans la légalité bourgeoise au lieu de la lutte de classe et tous les espoirs placés dans la Cour suprême, la Constitution, le parti démocrate et toutes les structures de la démocratie bourgeoise américaine. Ces espoirs déçus sont le fruit de la politique du « moindre mal » et de la collaboration de classe que prône une bonne partie de la gauche américaine. Ces institutions sont au service de la classe des exploiteurs dont les intérêts sont diamétralement opposés à ceux des travailleurs. Aucun droit n’est véritablement garanti pour la majorité de la classe ouvrière si leur défense repose entre les mains de la classe dirigeante et de ses institutions. Il faut en tirer les leçons : la voie à suivre ne passe pas par la collaboration entre les classes, mais par l’indépendance de classe et la formation d’un parti ouvrier de masse.

Le droit de choisir ce que l’on fait de son corps est un droit démocratique fondamental. En ce sens, nous défendons l’arrêt « Roe contre Wade ». Mais nous pensons qu’un droit aussi important ne devrait pas dépendre de juges, de tribunaux et de fonctionnaires non élus, pas plus que de l’interprétation forcément subjective et souvent fluctuante d’un document rédigé il y a plus de 200 ans par des esclavagistes. De plus, nous ne voulons pas juste avoir le « droit » à l’avortement. Le « droit » de devoir conduire 12 heures d’affilée jusqu’au centre d’avortement le plus proche de chez soi, le « droit » de payer une procédure très cher, en perdant une journée de travail, et peut-être même son emploi, n’est pas un vrai « droit ». C’est pourquoi la TMI se bat non seulement pour que les droits reproductifs complets, y compris l’avortement soient protégés, mais aussi pour un accès réel et universel à ces droits, pour que toutes celles qui le souhaitent puissent y recourir gratuitement, dans des hôpitaux en bonne condition, là où elles vivent et dans le cadre d’un système de santé socialisé et organisé à l’échelle nationale.

Devons-nous descendre dans la rue pour manifester et faire la démonstration de notre colère ? Les dirigeants des syndicats doivent-ils mobiliser leurs membres pour soutenir nos sœurs de classe qui sont attaquées ? Oui, évidemment. Mais manifester ne suffira pas. En fin de compte, les droits ne valent pas plus que le papier sur lequel ils sont écrits, s’ils ne sont pas soutenus par une force – en l’occurrence, par la mobilisation de la classe ouvrière en lutte pour le pouvoir politique et économique. S’ils voulaient vraiment défendre leurs membres et le reste de la classe ouvrière, les dirigeants syndicaux appelleraient à une grève générale et mobiliseraient toutes leurs ressources pour qu’elle devienne réalité.

Cette nouvelle en provenance de la Cour suprême doit être un signal d’alarme pour tous les travailleurs. Voici la « nouvelle normalité » de la vie sous le capitalisme (qui est, en réalité, un retour à l’« ancienne normalité »). Ce système en phase terminale ne peut ralentir sa chute qu’en reprenant tous les acquis que la classe ouvrière avait conquis dans ses luttes du passé. Alors oui, nous devons manifester, mais avant tout, nous devons nous préparer à la lutte des classes, à la guerre de classes et à la révolution socialiste. La route ne sera pas facile, mais il n’y en a pas d’autres.

« Nous pensions que la paix était devenue l’état naturel de l’Europe »

Isabelle Davion, spécialiste d’histoire diplomatique et stratégique et maîtresse de conférences à Sorbonne Université (1)

L’invasion militaire russe de l’Ukraine a catapulté soudainement la question de la guerre au centre des préoccupations de millions de personnes. L’abomination des bombardements, des milliers de morts et de blessés civils et militaires, les traumatismes psychologiques, l’accélération de la course à l’armement et les millions de réfugiés provoquent une énorme commotion et anxiété dans la population. Jusqu’il y a peu, nombreux étaient ceux qui pensaient que la guerre était un fléau qui frappait surtout les pays « arriérés » et « lointains », en Afrique ou au Moyen Orient. Depuis la seconde guerre mondiale jusqu’à la guerre de Yougoslavie il y a 30 ans et surtout depuis un mois en Ukraine, la paix semblait acquise en Europe. Pour beaucoup d’européens il est difficile encore maintenant de comprendre l’analyse qu’avait fait le Comte Kropotkin quand il affirmait que « la guerre est l’état naturel de l’Europe ». Nous avons tous été éduqués en pensant le contraire. Dans l’Europe « civilisée », toutes les querelles entre pays pouvaient se résoudre de façon pacifique sans recourir à l’usage de la force et des armes. Les institutions internationales de tout type (les Nations Unies, l’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, le Groupe de Visegrad et autres) semblaient capables par le « dialogue » et le « compromis » de résoudre n’importe quel problème.

Mais la réalité est très différente. Le grand philosophe Héraclite le savait déjà quand il a écrit que : « La guerre est le père de toutes choses, de toutes le roi ». L’autre philosophe dialecticien, Hegel, va dans le même sens : « En fin de compte toutes les choses importantes se décident par la force », affirme-t-il.

Dans l’histoire de l’humanité et dans le capitalisme, la guerre n’est pas une aberration. L’usage de la force n’est pas une aberration. La question n’est pas que la « paix naturelle » entre les hommes soit interrompue par la guerre. On devrait plutôt dire que la paix interrompt des périodes de guerre. L’exception est la paix et non la guerre. Les relations entre les nations fonctionnent de la même manière que les relations entre les classes sociales. Les conflits entre nations sont aussi normaux que les conflits entre les classes sociales. La guerre fait partie de la nature du capitalisme.

« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »

Pourquoi y a-t-il des guerres ? Est-ce le propre de l’homme d’être guerrier ? Est-ce notre nature qui pousse aux conflits militaires ? Non, nous ne le croyons pas. Les raisons des conflits armés et violents sont matérielles et non psychologiques ou culturells. On ne peut considérer la guerre indépendamment des intérêts politiques, économiques et financiers. Les capitalistes font la guerre pour obtenir des bénéfices, pour conquérir des territoires, pour vendre plus de marchandises. Les rapports impérialistes, les rapports de domination d’une nation sur une autre font que la guerre est l’état « naturel »  du capitalisme. Attention, il faut éviter d’avoir une vision trop réductrice des motivations guerrières de la classe capitaliste. Il y a par exemple la question du prestige. Le prestige d’une nation joue un rôle de premier plan dans les relations internationales. Le conflit militaire en 1982, dans lequel se sont affrontées l’Argentine et la Grande Bretagne pour le contrôle des îles des Malouines est un bon exemple de l’importance du prestige. Certains ont prétendu que Londres voulait garder le contrôle de cet archipel car ses eaux regorgeaient de poissons ou de possibles gisements de pétrole. Rien de tout cela n’était vrai évidemment. L’empire déclinant de la Grande Bretagne ne pouvait pas se permettre l’occupation par l’armée argentine des rochers qu’il considérait « territoire national ». Son autorité sur la scène mondiale en souffrirait. Et avec la perte d’autorité vient la perte d’influence dans son ‘Commonwealth’, le résidu de son empire où le soleil ne se couchait jamais.

Le grand penseur de la guerre, le prussien von Clausewitz, comprenait que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». On pourrait ajouter à cela que la politique extérieure, c'est-à-dire la politique internationale qui établit des rapports avec d’autres nations, ne peut jamais vraiment différer de la politique intérieure. En tous cas dans son contenu de classe, la politique extérieure découle des mêmes intérêts capitalistes que la politique extérieure. La politique internationale d’un état national et de son gouvernement n’est pas contradictoire avec sa politique nationale. Ceci implique que le mouvement ouvrier et ses organisations s’il veut rester indépendant ne peut se rallier au nom de la défense de la Nation ou des valeurs « qui sont les nôtres », à la politique internationale de la classe capitaliste.

Quelle attitude avoir face aux guerres ?

Lénine nous est d’un grand secours pour répondre à cette question. Voici comment il ouvre son fameux texte sur le « Socialisme et la guerre » (2) :

« Les socialistes ont toujours condamné les guerres entre peuples comme une entreprise barbare et bestiale. Mais notre attitude à l'égard de la guerre est foncièrement différente de celle des pacifistes (partisans et propagandistes de la paix) bourgeois et des anarchistes. »

« Nous nous distinguons des premiers en ce sens que nous comprenons le lien inévitable qui rattache les guerres à la lutte des classes à l'intérieur du pays, que nous comprenons qu'il est impossible de supprimer les guerres sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme; et aussi en ce sens que nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c’est à dire des guerres de la classe opprimée contre celle qui l'opprime, des esclaves contre les propriétaires d'esclaves, des paysans serfs contre les seigneurs terriens, des ouvriers salariés contre la bourgeoisie. »

« Nous autres, marxistes, différons des pacifistes aussi bien que des anarchistes en ce sens que nous reconnaissons la nécessité d'analyser historiquement (du point de vue du matérialisme dialectique de Marx) chaque guerre prise à part. L'histoire a connu maintes guerres qui, malgré les horreurs, les atrocités, les calamités et les souffrances qu'elles comportent inévitablement, furent progressives, c'est à dire utiles au développement de l'humanité en aidant à détruire des institutions particulièrement nuisibles et réactionnaires (par exemple, l’autocratie ou le servage) et les despotismes les plus barbares d'Europe (turc et russe). »

Il faut donc examiner les particularités de chaque guerre avant de déterminer notre attitude. La guerre de guérilla menée par les paysans pauvres au Nicaragua contre la dictature Somoziste dans les années 70 n’est pas la même que la guerre menée par les Etats-Unis contre le Vietnam. Et la résistance armée des vietnamiens contre l’invasion américaine a eu tout notre soutien. Il y a des guerres de libération et des guerres impérialistes. Il faut savoir faire cette importante distinction et ne pas avoir une attitude « absolue » face à la guerre ou la condamner sans égard quant à son contenu social et politique. Il y a donc des guerres progressistes et des guerres réactionnaires, des guerres que tout marxiste doit appuyer et d’autres que nous repoussons avec toute notre énergie.

Guerres progressistes et guerres réactionnaires

L’Europe, au 19ème siècle, a été le théâtre de plusieurs guerres de libération et d’unification nationale. Celles-ci étaient clairement progressistes car elles mettaient fin au morcellement féodal, à l’oppression nationale et créait des états nations. Face au féodalisme et à la classe aristocratique, l’avènement du capitalisme représentait une progression historique. C’est au sein de ces états nations que le capitalisme pouvait s’épanouir et que se développait une puissante classe ouvrière. Au 20ème siècle et en ce début du 21ème siècle les guerres sont surtout des guerres impérialistes, c'est-à-dire des guerres de rapine directement entre empires établies ou émergents ou par d’autres nations interposées. Ces dernières sont de plus en plus présentes. Ce sont des guerres « par procuration ». Derrière les groupes ou nations en conflit se cachent des puissances plus grandes. Celles-ci tirent les ficelles en marionnettiste cynique. Les petits états alors ne sont que des pions aux mains des plus grands états. Pour justifier leur soutien militaire et financier elles se drapent de grandes valeurs : le droit à l’autodétermination, la défense d’un petit pays contre l’appétit territorial d’un pays voisin, la défense de la démocratie, la préservation de la civilisation contre la barbarie etc. L’Etat nation, qui au 19ème siècle représentait une avancée sur l’échelle de l’histoire est aujourd’hui devenu un obstacle pour le développement de l’humanité.

Notre attitude face à la guerre n’est pas non plus déterminée par la question de savoir « qui a commencé ? ». Qui a tiré la première balle ou lancé le premier obus est totalement sans importance. Cette question fait partie de la propagande guerrière des parties en conflit.

La masse de la population de chaque pays déteste la guerre, mais pour la mobiliser malgré tout, chaque parti belligérant doit réussir à influencer l'opinion publique et à susciter l'enthousiasme pour la guerre. Il s'agit essentiellement de faire porter la responsabilité du déclenchement de la guerre au camp adverse.

La diplomatie et les médias bourgeois sont à cet égard les principaux outils de la classe dirigeante. Ils veillent régulièrement à ce que la première victime de toute guerre soit la vérité. Le mouvement ouvrier a pour mission de démasquer cette propagande de guerre et de dévoiler les véritables intérêts qui la sous-tendent. La question de savoir qui a tiré le premier coup de feu et qui a attaqué est évidemment importante en ce qui concerne la perception d'une guerre. On le voit très clairement dans la guerre actuelle en Ukraine, où une grande partie de la population est sincèrement indignée par l'invasion russe. Voltaire écrivait déjà : « La guerre offensive est la guerre d'un tyran ; mais celui qui se défend est dans son droit ». C'est toutefois une conception à courte vue de la question. On trouve toujours un prétexte pour une guerre s'il y a des intérêts sous-jacents à la mener. Celui qui a tiré le premier coup de feu ne répond pas à la question de savoir qui est l'agresseur et qui est le défenseur, ou même si les deux parties sont des agresseurs.

Par exemple, l'affirmation selon laquelle la raison de la Première Guerre mondiale est l'assassinat de l'héritier du trône autrichien n'explique rien. La monarchie austro-hongroise n'était pas une « victime » que la classe ouvrière aurait eu pour mission de défendre, et la prétendue libération de la Bosnie-Herzégovine n'était pas le véritable motif de la guerre du côté de la Triple-Entente adverse.

Pourtant, les partis sociaux-démocrates de presque tous les pays ont soutenu leur propre classe dirigeante et ont argumenté sur les raisons de cette guerre en fonction des prétextes avancés par le gouvernement de leur pays.

L'exemple de la guerre franco-allemande de 1870, à partir de laquelle Marx et Engels ont élaboré leur position sur la guerre, montre que la question de la « guerre d'agression » et de la « guerre de défense » est beaucoup plus complexe que la propagande de guerre présente. A l'époque, Bismarck voulait la guerre, car il voyait dans une victoire la clé de la formation de l'Etat national allemand sous la direction de la Prusse. Mais au lieu d'attaquer lui-même, il préférait, pour des raisons tactiques et malgré sa stratégie offensive, provoquer la France afin que Paris fasse le premier pas. Marx et Engels ont néanmoins évalué cette guerre indépendamment de la considération de savoir qui avait tiré le premier coup de feu ou qui avait envahi le pays adverse, mais en se basant sur des considérations historiques. Quelles seraient les conséquences objectives de la guerre ? Quel serait l'impact sur le développement de la classe ouvrière ? Et bien que les marxistes aient reconnu que, dans les conditions historiques concrètes, une victoire de la Prusse serait progressiste, avant même que Berlin ne transforme la « guerre défensive» en « guerre d'annexion » et ne s'empare de l'Alsace-Lorraine, ils s'opposèrent néanmoins au Parlement au soutien des crédits de guerre et refusèrent d'accorder leur confiance au gouvernement. August Bebel, dirigeant du parti social-démocrate allemand, l'a formulé ainsi :

« En tant que membres de l'Association Internationale des Travailleurs, qui combat tous les oppresseurs sans distinction de nationalité, qui cherche à unir tous les opprimés en une grande union fraternelle, nous ne pouvons pas nous déclarer directement ou indirectement pour la guerre actuelle ».

Comment empêcher les guerres ?

Voyant s’approcher la grande déflagration guerrière de 1914 à 1918, le mouvement ouvrier international s’interrogeait comment il allait pouvoir l’arrêter. Plusieurs congrès de la Deuxième Internationale ont débattu de cette question. Nombreux étaient ceux qui s’imaginaient que des accords internationaux de paix et de désarmement pouvaient y remédier. Leur explication consistait à dire qu’aussi bien la classe travailleuse que la bourgeoisie avaient un intérêt commun à préserver le monde d’une guerre imminente. Mais la première guerre mondiale qui allait éclater quelques années plus tard allait prouver le contraire. Les marxistes conséquents dans la Deuxième Internationale défendaient un autre point de vue. Rosa Luxemburg, leader de la gauche du parti social-démocrate allemand, critiquait les « amis de la paix » qui pensent que la paix mondiale et le désarmement peuvent être réalisés dans le cadre de l'ordre social actuel, alors qu'en réalité, cela ne serait possible qu'après une révolution socialiste mondiale réussie. Il en résulte également deux stratégies politiques opposées dans les mouvements anti-guerre. Le pacifisme aspire à des mesures prétendument « réalistes » pour endiguer le militarisme et tend à s'orienter vers la diplomatie des dirigeants et à y voir une issue au scénario de guerre.

Le fait que le pacifisme ne pose pas la question de classe lui permet d'exister tranquillement comme feuille de vigne de la gauche et d'être utilisé à mauvais escient sur le plan de la politique symbolique. Mais le mouvement ouvrier doit, selon Rosa Luxemburg, transformer toute illusion et combattre la diplomatie bourgeoise de la paix. Cette apologie de la « diplomatie de la paix » se retrouve dans les revendications du mouvement pacifiste belge et dans les propositions du PTB.

Le pacifisme trouve sa force motrice dans l'abomination la guerre. Mais il ne résout pas le problème, car il ne supprime pas la cause de la guerre, la logique du profit capitaliste et les contradictions impérialistes. Tôt ou tard, dans toute guerre, les gouvernements feront la paix. Mais celle-ci n'est qu'un répit qui laisse les contradictions sous-jacentes non résolues et ne constitue généralement que le point de départ de conflits futurs. Si les gouvernements bourgeois, comme la Grande-Bretagne avant la Seconde Guerre mondiale, en appellent à la « paix », c'est parce qu'ils ont plus à perdre qu'à gagner dans un conflit militaire ouvert ou qu'ils ne peuvent pas faire la guerre dans la situation concrète.

Lénine et Trotsky rejetaient également le mot d'ordre pacifiste de « désarmement » ou posaient la question de savoir qui devait être désarmé et à qui les armes devaient être retirées. L'objectif n'est pas un accord de désarmement entre les gouvernements des grandes puissances. Si l'on veut mettre fin aux guerres ou les empêcher, la classe ouvrière doit désarmer la classe dirigeante. Mais pour cela, il faudrait que la classe ouvrière s'arme et impose sa volonté à la bourgeoisie.

Au début du 20e siècle, la lutte contre le militarisme et la guerre impérialiste était une pierre angulaire du programme et de la pratique politique des partis ouvriers sociaux-démocrates. Si une guerre devait éclater, on répondrait par une grève générale et la tactique de la révolution prolétarienne. Le modèle était la Commune de Paris de 1871, qui a transformé la guerre entre les gouvernements en une guerre civile - plus concrètement, une guerre de la classe opprimée contre la classe dominante - d'où est né à Paris le premier Etat ouvrier de l'histoire. Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914, les manifestes anti-guerre ne valaient plus rien. Dans presque chaque pays, la bureaucratie social-démocrate du parti et des syndicats soutenait majoritairement sa propre bourgeoisie et sa dynastie dirigeante en proclamant la paix civile et en votant des crédits de guerre. Cela a conduit à l'effondrement de la Deuxième Internationale, et seule une petite minorité, restée fidèle à l'internationalisme, s'est opposée à la guerre : Lénine, Trotsky, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en tête. Pour les marxistes conséquents l’ennemi principal se trouvait …dans leur propre pays. C’est le slogan que met en avant le grand anti-militariste allemand, Karl Liebknecht.

Ce qui mit fin à la première guerre mondiale fut la révolution russe de 1917 et les mutineries massives dans la l’armée allemande forçant l’état major du Kaiser à déposer les armes. Les révolutions russes et allemandes sont les conséquences directes de la guerre.

Mais la Première Guerre mondiale n'a pas réussi à résoudre le conflit entre les puissances impérialistes. Après que la social-démocratie eut empêché la victoire de la révolution en Allemagne et en Autriche et qu'après des années de crise, le fascisme eut conquis le pouvoir, la voie était libre pour une nouvelle guerre mondiale. Cette fois-ci, l'impérialisme avait un caractère encore plus violent, qui s'est déchaîné sur l'humanité dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

La destruction massive des forces productives au cours de cette guerre mondiale, associée aux innovations technologiques de l'industrie de guerre, a jeté les bases d'une résolution temporaire des contradictions inter-impérialistes et d'un boom d'après-guerre qui a duré plusieurs décennies. Pour toute une époque historique, les contradictions du système capitaliste semblaient résolues. Le monde était désormais marqué par la « guerre froide » entre la nouvelle puissance hégémonique à l'Ouest, les États-Unis, d'une part, et l'Union soviétique, d'autre part. Les contradictions entre les puissances capitalistes persistaient, mais celles-ci passaient au second plan face à l'antagonisme entre deux systèmes économiques fondamentalement différents. Grâce à l' « équilibre de la terreur », avec un énorme arsenal nucléaire des deux côtés, une nouvelle guerre mondiale était exclue. A cela s'ajoutaient la lassitude de la classe ouvrière en Occident et la force des partis ouvriers en Europe.

Mais cette époque a été marquée par une série de mouvements de libération nationale, encouragés par l'existence de l'Union soviétique et de la Chine maoïste. De nombreux pays ont tenté de se libérer du joug impérialiste, y compris militairement si nécessaire. Certaines de ces guerres d'indépendance contre le pouvoir colonial français ou britannique ont commencé dès la Seconde Guerre mondiale. La bourgeoisie britannique, par exemple, se plaignait que cela aiderait Hitler et voyait dans ces mouvements révolutionnaires (par exemple en Inde) une « trahison ». Les marxistes britanniques, en revanche, soutenaient cette lutte pour l'indépendance parce qu'elle affaiblissait l'impérialisme britannique.

Sur ce point, il est évident qu'un pacifisme abstrait, qui rejette toute forme de violence pour des raisons morales, ne peut pas être la solution.

« De leurs épées ils feront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles »

Le 20ème siècle est le plus meurtrier de l’histoire. 187 millions de personnes sont mortes dans les guerres du siècle précédent. Cela équivaut à 10% de la population mondiale de 1913. (3) Malgré la Convention de Genève, « codifiant » la guerre et autres traités sur le contrôle de l’armement et sur les crimes de guerre, la guerre moderne n’est pas moins meurtrière et dévastatrice. Toutes les tentatives pour « civiliser » la guerre se sont révélées vaines. Si pendant la première guerre mondiale « seulement » 5% des victimes étaient des civils, dans la seconde guerre mondiale cette part s’élève à 66%. Aujourd’hui au début du 21ème siècle les « non-combattants » représentent entre 80 et 90% des victimes. Tous les mécanismes du monde pour « réguler » les relations entre états capitalistes n’empêcheront pas les guerres et ne les rendront pas moins barbares. Les capitalistes eux-mêmes le savent très bien. Ils investissent d’ailleurs énormément dans l’armement. Comme nous l’avons écrit en début de cet article : la guerre est inhérente au capitalisme. C’est un important « régulateur » des rapports de forces entre nations. Il n’est plus question aujourd’hui de la soi-disant « dividende de paix » soulevée après l’implosion de l’Union Soviétique et la fin de la guerre froide. En ce moment, les dépenses militaires approchent les 2000 milliards (2000.000.000.000) de dollars à l’échelle mondiale. Il est vraiment difficile de concevoir cette somme astronomique. La guerre en Ukraine est l’excuse pour de nombreux états de renouer avec la course aux armements. En quelques semaines les gouvernements européens, canadiens et des Etats-Unis ont annoncé une forte hausse de leurs dépenses militaires (4). Fait notable, l’Allemagne double son budget de défense cette année ! Les dépenses militaires et l’industrie de l’armement représentent un énorme gaspillage du potentiel productif de la société. Imaginez-vous ce qu’on pourrait faire avec cette somme pour mettre fin aux fléaux de la faim et de la soif dans le monde, des maladies les plus courantes et pour garantir un enseignement de qualité aux jeunes de la planète. Il suffirait par exemple d’investir entre 39 à 50 milliards jusqu’à 2030 pour éradiquer la faim dans le monde (5). Cela représente 2,5% des dépenses militaires dans le monde. Mais ceci ne fait pas partie des priorités des capitalistes. Pour mettre fin aux guerres il faudra donc mettre fin à ce système mortifère. Rien ne peut nous détourner de cet horizon.

À mesure que les résultats des élections présidentielles françaises étaient publiés, on pouvait sentir que les nerfs se calmaient dans les conseils d’administration des entreprises, non seulement en France, mais dans toute l’Europe et au-delà. Les messages de félicitations des présidents et des premiers ministres ont afflué. Comme le commente le Financial Times : « Les alliés européens et de l’OTAN de la France ont poussé un soupir de soulagement après la victoire très nette d’Emmanuel Macron sur son adversaire d’extrême droite Marine Le Pen lors du dernier tour de l’élection présidentielle dimanche. Le statut de la France en tant que pilier de l’UE et contributrice importante à l’OTAN dans son soutien à l’Ukraine contre la Russie a été assuré pour cinq années supplémentaires. »

Dans son discours de victoire, Emmanuel Macron a annoncé qu’il n’était plus « le candidat » mais le « président de tous les Français ». Comme cela doit sonner creux pour l’immense majorité des travailleurs et des jeunes français qui n’ont pas voté pour lui et le détestent ardemment! En 2017, il avait promis de « travailler pour tout le monde ». Par tout le monde, il entendait clairement tous les riches! Ses objectifs étaient de stimuler l’investissement et de construire un « nouveau modèle de croissance ». Concrètement, cela s’est traduit par des réductions massives des dépenses publiques, dont une partie a consisté à réduire le nombre de fonctionnaires par dizaines de milliers. Il s’est également donné le mandat d’accroître la « flexibilité » du marché du travail, c’est-à-dire d’attaquer les droits des travailleurs.

Il a mené des politiques qui ont frappé les travailleurs, parmi lesquelles un assaut constant et implacable contre les retraites, dans le but de forcer les travailleurs français à travailler plus longtemps avant de pouvoir prendre leur retraite. La haine ressentie à l’égard de cet agent du capital financier était telle que nous avons assisté à une expression massive et généralisée de colère, sous la forme du mouvement des Gilets Jaunes, moins d’un an après son arrivée au pouvoir la première fois.

La haine des institutions grandit

Les résultats de cette course à deux cachent en fait la véritable situation sur le terrain. Le véritable équilibre des forces en France s’est exprimé lors du premier tour, et il convient de se pencher sur ces résultats pour faire ressortir ce qui se passe réellement en France.

Ces résultats montrent que Macron a remporté un peu moins de 28% des suffrages exprimés. Mais 28% de l’électorat n’a pas pris la peine de voter, et si l’on ajoute les bulletins blancs et nuls, le chiffre atteint 34%. Nous avons ensuite assisté au plus haut niveau d’abstention pour le second tour d’une élection présidentielle depuis plus de 50 ans.

Par conséquent, le soutien actif réel de Macron (ce qu’il a reçu au premier tour) représente à peine 20% de l’électorat total de la France, ce qui confirme que la grande majorité des Français ne le considèrent pas du tout comme « leur président ».

Ce que nous avons vu au premier tour était précisément le contraire de ce que les médias essaient de nous vendre maintenant. Plutôt qu’une unité nationale, nous avons un processus clair de polarisation de la société à gauche et à droite, et une méfiance généralisée envers l’establishment. Plutôt qu’une stabilité sociale, cela indique une instabilité croissante, qui se révélera dans la période à venir.

Le fait est que le second tour aurait pu être très différent – il aurait pu s’agir d’un second tour entre la gauche et Macron. Seule une poignée de voix a fait pencher la balance en faveur de Le Pen. Elle a obtenu 23,2% des voix (à peine 16% de l’électorat total) et aurait pu être battue par Mélenchon, qui a obtenu 22% des voix, si la gauche avait présenté un seul candidat. Les votes combinés du Parti communiste et de deux petites formations de gauche (le Nouveau parti anticapitaliste et Lutte ouvrière) se sont élevés à 3,7%. Si ces derniers s’étaient retirés et avaient appelé leurs partisans à voter pour Mélenchon, Macron aurait peut-être tenu un discours très différent hier soir.

À droite, Le Pen a également crié victoire, et en effet, par rapport aux élections précédentes, elle a fait beaucoup mieux. Si l’on considère qu’en 2002, son père, Jean-Marie Le Pen, a perdu contre Chirac au second tour à 82% contre 18%, et que plus récemment, en 2017, Marine Le Pen a perdu contre Macron à 66% contre 34%, les 42% d’hier peuvent être considérés comme une grande amélioration. Cependant, ce résultat cache également ce qui se passe réellement.

Deux candidats bourgeois

En raison de l’échec de la gauche, l’électorat français s’est retrouvé avec deux candidats bourgeois, l’un étant le représentant détesté des riches, un soi-disant libéral, et l’autre une nationaliste raciste connue pour attiser ses discours anti-immigrants. L’ironie de la situation, bien sûr, est que Macron a lui-même mis en œuvre des politiques anti-immigrants. Lors de la campagne électorale de 2017, il a promis de renforcer le nombre de gardes-frontières, de rendre plus difficile l’obtention de la nationalité française pour les immigrants et de rapatrier immédiatement les demandeurs d’asile déboutés. Voilà pour l’homme de la France « raisonnable, décente, civilisée »!

Face à ce choix, beaucoup se sont abstenus ou ont voté en se bouchant le nez. En fait, plus de personnes se sont abstenues (13,6 millions) que de personnes ont voté pour Le Pen (13,3 millions). En outre, comme nous l’avons vu, plus de trois millions (8,5%) de personnes qui sont allées voter ont décidé d’annuler leur bulletin ou de voter blanc. 

Il faut aussi regarder de plus près ceux qui ont voté pour Le Pen. Parmi eux, il y a une couche qui a voté contre Macron, plutôt que pour Le Pen – de la même manière que beaucoup ont voté contre Le Pen, plutôt que pour Macron. Le Pen était consciente de cela et a mis l’accent de sa campagne électorale davantage sur les questions qui concernaient les travailleurs, comme le projet de Macron d’augmenter l’âge de la retraite à 65 ans et la crise du coût de la vie. Cela a dû trouver un écho auprès de nombreux électeurs français.

En fait, un sondage d’opinion IPSOS pour Le Parisien a révélé comment, parmi les personnes qui ont voté au second tour, Macron a gagné parmi les cadres et les professions libérales, ainsi que parmi ceux qui gagnent plus de 3000 euros par mois, tandis que Le Pen a remporté une majorité parmi les cols bleus et blancs, ainsi que parmi ceux qui gagnent moins de 1250 euros par mois. 

Ces électeurs auraient pu être gagnés par Mélenchon, mais n’auraient jamais voté pour Macron. Si Mélenchon avait présenté un programme plus combatif, et si la gauche avait présenté un front uni, qui peut douter qu’il aurait pu battre Macron au second tour?

Macron est de nouveau aux commandes, mais il doit affronter les élections législatives de juin, qui pourraient se dérouler très différemment pour lui. Là, le choix ne sera pas celui, peu appétissant, entre un libéral bourgeois ou une conservatrice bourgeoise de droite. Le résultat de ces élections déterminera la composition du gouvernement sur lequel Macron devra s’appuyer pour réaliser son « chamboulement sans précédent de l’État-providence français », comme le dit Reuters.

Normalement, le président nouvellement élu est capable d’obtenir une majorité au Parlement, car l’abstention est généralement plus forte parmi ceux qui n’ont pas voté pour lui lors des élections présidentielles. Mais compte tenu de la colère des 57% qui ont voté soit pour les candidats à sa droite, soit pour ceux à sa gauche, il n’est pas certain que Macron obtienne la solide majorité parlementaire dont il a besoin pour faire passer son programme draconien. Il pourrait se retrouver avec un parlement fragmenté, ce qui ajouterait à son manque évident d’autorité.

Les analystes de la classe dirigeante sont très inquiets. Macron était censé inaugurer une nouvelle ère de politique libérale. Mais en fait, il a détruit les partis traditionnels de droite et de gauche sur lesquels reposait la stabilité du système, et maintenant il a détruit sa propre crédibilité, disent-ils – ce qui rendra plus difficile sa tâche de faire passer progressivement l’âge de la retraite de 62 à 65 ans, ainsi que de mener à bien toutes ses autres politiques anti-ouvrières. 

La période la plus mouvementée de l’histoire de la France se prépare

Cela signifie que plutôt que la paix et la stabilité sociale, le second mandat de Macron déclenchera une vague de mécontentement encore plus grande que son premier mandat. Toute période de lune de miel immédiate sera très courte, si tant est qu’elle existe. En plus de la question des retraites, il y a le coût de la vie. L’inflation a atteint 4,5% en mars, le taux le plus élevé depuis 1985, et la hausse vertigineuse des prix du gaz, de l’électricité et du carburant frappe des millions de familles modestes à travers la France. En 2018, la hausse du prix du carburant a déclenché la rébellion des Gilets jaunes. Ce n’était qu’un avant-goût de ce qui nous attend dans la prochaine période. 

Mais que se passera-t-il sur le front électoral? Il est évident que le retour de Macron au pouvoir signifiera une nouvelle érosion de sa base électorale. Il préparera le terrain pour une polarisation encore plus forte de la société française, tant à gauche qu’à droite. Dans ces conditions, Le Pen pourrait même gagner la prochaine fois, ce qui poserait un sérieux problème à l’establishment français et européen. Le Pen au pouvoir pourrait devenir un élément déstabilisateur majeur au sein de l’Union européenne, cherchant à placer les intérêts nationaux français au-dessus de ceux de leurs partenaires européens.

Les bourgeois européens veulent poursuivre leur politique de démantèlement de l’État-providence dans tous les pays européens, de privatisation de ce qui reste de la propriété publique, de destruction des systèmes de santé afin de promouvoir les intérêts privés, et généralement de destruction du peu qui reste des conquêtes de la classe ouvrière, mais sans la lutte des classes et l’instabilité sociale que tout cela implique. Pour l’instant, leur homme est Macron.

Le Pen n’est pas l’amie de la classe ouvrière française, et si elle accédait au pouvoir, cela deviendrait tout à fait clair. Elle abandonnerait très rapidement toutes les promesses faites aux travailleurs français et appliquerait plus ou moins le même programme que Macron en matière de droits des travailleurs, de dépenses publiques et ainsi de suite, mais il serait parsemé de rhétorique raciste et de politiques anti-immigrants.

Lors de la récente campagne électorale, sentant l’humeur colérique de larges couches de travailleurs aujourd’hui, elle a déplacé sa propagande vers des questions telles que les retraites et l’inflation. L’un de ses slogans était « Rendre l’argent aux Français » et elle a promis de protéger les gens de l’inflation et de réduire les impôts. Bien sûr, elle a combiné cela avec du vitriol raciste contre les immigrants. Elle parle de contrôler davantage l’immigration, de « patriotisme économique », de protectionnisme « rationnel et raisonnable », de donner la priorité aux Français dans les logements sociaux et les emplois, et elle évoque l’idée de supprimer les allocations aux immigrés, ainsi que l’interdiction du voile en public. Son message aux Français est que les problèmes de la France sont dus à la présence de trop d’immigrés, et que par conséquent, pour défendre les intérêts des travailleurs français, il faut s’attaquer à ceux des immigrants. Son objectif est clairement de diviser les travailleurs français dans l’espoir de les affaiblir en tant que force.

Son nationalisme est également considéré par l’establishment comme une menace pour le capital européen. Ses appels à protéger l’industrie française, à placer la loi française au-dessus des lois de l’Union européenne, à se retirer du commandement central de l’OTAN, ont suscité l’inquiétude des commentateurs bourgeois sérieux et des gouvernements à travers l’Europe. La France est un acteur clé de l’Union européenne avec l’Allemagne, et voir la France s’engager dans une voie similaire à celle empruntée par Boris Johnson en Grande-Bretagne, et avant lui par Trump aux États-Unis, soulevait la perspective d’un éclatement de la cohésion au sommet de l’UE. C’est ce qu’ils craignaient d’une éventuelle victoire de Le Pen, mais ce danger n’a pas été éliminé, il a simplement été repoussé à plus tard.

Les tâches de la gauche française

La polarisation ne signifie cependant pas qu’une victoire de Le Pen est acquise aux prochaines élections présidentielles. Nous avons vu comment, aujourd’hui encore, la gauche en France aurait pu gagner. Elle va continuer à se renforcer dans la période à venir. Mais sa force ne découlera pas de quelque habile manœuvre électorale au sommet – même si un véritable front uni de toute la gauche serait un immense progrès. 

Il y a maintenant des discussions entre le Parti communiste et le NPA pour une stratégie commune avec la France insoumise de Mélenchon aux élections législatives. C’est une approche correcte, qui inquiète d’ailleurs le camp de Macron, qui voit bien la menace potentielle de la gauche. Cependant, on peut aussi se demander pourquoi ces deux petits partis n’ont pas soutenu Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. Ces tentatives de rapprochement maintenant relèvent pour beaucoup de l’opportunisme, car les petits partis auront plus de mal à obtenir une représentation parlementaire s’ils font cavalier seul.

La force de la gauche viendra des mobilisations des travailleurs et de la jeunesse de France dans la période à venir. Bloquée sur le front électoral, la classe ouvrière française sera obligée de compter sur ses propres forces. Nous verrons des grèves et des manifestations dans les rues, voire des occupations d’usines à un moment donné. Nous verrons des mobilisations massives de la jeunesse dans les rues et sous la forme d’occupations d’universités.

Si Mélenchon adoptait un véritable programme socialiste, un programme de nationalisations sous contrôle ouvrier, d’expropriation des banques et des grands monopoles, il pourrait expliquer aux travailleurs et à la jeunesse française que les ressources pour réduire l’âge de la retraite, pour fournir des salaires décents à tous, pour fournir un logement à tous, pour fournir un système de santé public entièrement financé existent. 

Cela couperait court au racisme et à la xénophobie de Le Pen et rassemblerait tous les travailleurs de France dans un bloc uni pour transformer la société de la tête aux pieds. Cela convaincrait également les millions d’abstentionnistes de soutenir un tel programme. Et cela inspirerait les travailleurs de toute l’Europe qui sont confrontés aux mêmes problèmes que leurs frères et sœurs français.

Malheureusement, Mélenchon ne présente pas un tel programme. Il se limite à chercher des solutions dans les limites du capitalisme. S’il continue sur cette voie, il contribuera au renforcement de la droite.

Dans cette situation, notre tâche n’est ni de rire, ni de pleurer, mais de comprendre. Il est possible en France de construire un puissant mouvement de la classe ouvrière et de la jeunesse, et de changer radicalement la société. Mais cela dépend de la direction de la classe ouvrière qui, jusqu’à présent, a fait défaut. Les marxistes sont les seuls à avoir les réponses aux problèmes de la classe ouvrière. Mais ils sont trop peu nombreux. La prochaine période, cependant, offre un terrain très fertile sur lequel nos idées peuvent se développer, en particulier parmi les jeunes, mais aussi parmi les couches croissantes de la classe ouvrière. Notre tâche immédiate, par conséquent, est de renforcer les forces du marxisme authentique et de préparer le terrain pour l’émergence d’un puissant courant révolutionnaire parmi les travailleurs et la jeunesse de France. Il n’y a pas d’autre voie!

Voici l'éditorial de la nouvelle édition de Révolution vendue le Premier Mai.

La réélection d’Emmanuel Macron marque une nouvelle étape de la crise de régime du capitalisme français. Au deuxième tour, compte tenu de l’abstention et des bulletins blancs ou nuls, Jupiter II n’a recueilli les suffrages que de 38,5 % des inscrits. C’est 5 % et 2 millions de voix de moins qu’en 2017. En outre, près d’une moitié de ses 18,8 millions d’électeurs n’ont absolument aucune confiance en lui. Au total, Macron l’emporte dans un océan d’amertume, de défiance et de haine – de cette haine sociale, de cette haine de classe dont les révolutions sont le fruit mûr.


Marine Le Pen est largement battue, mais recueille 2,7 millions de voix de plus qu’en 2017. La mécanique du « barrage contre l’extrême droite » atteint ses limites. Chacun a pu constater la vaste manœuvre qui consiste à « normaliser » le Rassemblement National, pendant des années, à l’inviter sur tous les plateaux de télévision, à relayer toutes ses idées réactionnaires – pour lui découvrir soudainement, entre les deux tours, de secrètes intentions dictatoriales, au regard desquelles nous sommes sommés de voter pour la Démocratie, pour la République, pour la Liberté, l’Egalité, la Fraternité : pour Emmanuel Macron.


Malheureusement, comme en 2017, cette mauvaise farce a reçu le soutien enthousiaste de la plupart des dirigeants de la gauche et du mouvement syndical, sous couvert de « front républicain » contre l’extrême droite. Celle-ci en sort battue dans les urnes, certes, mais politiquement renforcée.

Les élections législatives


D’ici les élections législatives des 12 et 19 juin, Macron s’efforcera de masquer l’ampleur de son programme réactionnaire. En 2017, il avait raflé une nette majorité de sièges à l’Assemblée nationale. Il est possible qu’il y parvienne à nouveau. Cela dépendra d’un certain nombre de facteurs, et en particulier de la plus ou moins grande mobilisation de l’électorat de gauche. En juin 2017, il s’était massivement démobilisé.


Jean-Luc Mélenchon annonce viser la victoire de l’Union Populaire « élargie », le 19 juin. Au cours des huit prochaines semaines, des dizaines de milliers de militants et de sympathisants de la France insoumise (FI) œuvreront dans ce sens. Révolution appelle à s’investir dans cette campagne pour faire élire un maximum de députés de la FI. Ceci dit, il faut regarder les choses en face : une victoire de l’Union Populaire suppose une très nette amplification de la dynamique qui a porté Mélenchon à 22 % des voix, le 10 avril dernier – soit l’exact contraire de ce qui s’est produit lors des législatives de 2017, marquées par une abstention record (51,3 %). Une victoire de l’Union Populaire semble donc peu probable. Par contre, il est tout à fait possible que la FI remporte des dizaines de sièges supplémentaires, ce qui renforcerait sa position dans les luttes à venir contre la politique réactionnaire du gouvernement.

Casse sociale et crise économique


Au soir de sa réélection, Macron formulait le premier mensonge éhonté de son nouveau mandat : « Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève, mais l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux au service de notre pays, de notre jeunesse ». Cette déclaration vise à endormir l’électorat populaire au seuil des élections législatives. En réalité, Macron va poursuivre et intensifier la destruction de nos acquis sociaux. Toute sa politique restera subordonnée aux intérêts de cette poignée de capitalistes richissimes qui possèdent les grands leviers de l’économie.


Dans sa course aux profits, la classe dirigeante française exigera la destruction de l’assurance maladie, de l’assurance chômage et de notre système de retraites, la baisse du « coût du travail » (c’est-à-dire des salaires nets et des cotisations patronales), le « conditionnement » du RSA, le saccage de la Fonction publique, des coupes drastiques dans les dépenses sociales, la privatisation de tout ce qui peut s’avérer profitable – et, bien sûr, des dizaines de milliards d’euros de subventions aux entreprises pour « défendre leur compétitivité », lesquels dizaines de milliards iront directement gonfler les dividendes versés aux actionnaires des grands groupes capitalistes, chaque année.


Macron parviendra-t-il à mettre en œuvre cette politique ? Tout dépendra de la résistance que notre classe lui opposera. Une chose est sûre : cette fois-ci, le chef de l’Etat ne bénéficiera pas du moindre état de grâce. D’emblée, il fera face à une solide hostilité d’une large majorité de la jeunesse et du salariat, dont l’expérience a été enrichie par les luttes de ces cinq dernières années. Par ailleurs, Macron ne pourra absolument pas compter sur une situation économique favorable. La crise et son impact social alimenteront le brasier de la colère et de la révolte.


L’inflation, en particulier, sera un élément central de l’équation sociale. La plupart des économistes bourgeois sont contraints de reconnaître, désormais, que la hausse des prix n’est pas un phénomène passager. Elle s’installe et accélère. En mars, elle a atteint 8,5 % aux Etats-Unis (un record depuis décembre 1981), 7,5 % dans la zone euro (du jamais vu) et 4,5 % en France (un record depuis décembre 1985). L’augmentation des « prix à la production » – qui, à terme, se répercutent sur les prix des marchandises courantes – atteint des sommets, eux aussi : + 22,4 % en février, en France, ce qui est sans précédent. Les prix des matières premières – notamment alimentaires – flambent, ce qui menace de famine des dizaines de millions de personnes, à travers le monde, et pèse sur le pouvoir d’achat des ménages des pays les plus développés. Enfin, la chute de l’euro renchérit les biens importés.


Dans ce contexte, auquel s’ajoute la guerre en Ukraine, les perspectives de croissance ne cessent d’être révisées à la baisse, en France et ailleurs. La presse bourgeoise craint le retour d’un phénomène qui avait marqué les années 70 : la « stagflation », c’est-à-dire la combinaison d’une stagnation économique et d’une inflation élevée. Ces craintes sont d’autant plus justifiées que l’économie chinoise – l’un des principaux moteurs de la croissance mondiale – poursuit son ralentissement. L’économie française, qui accuse 113 % de dette publique et d’énormes déficits commerciaux, serait frappée de plein fouet par un tel scénario.

Un problème à régler


L’inflation stimulera les grèves pour des augmentations de salaire. De manière générale, la combinaison des effets sociaux de la crise et d’une politique de contre-réformes ouvrira une nouvelle phase – explosive – de la vie politique et sociale de notre pays.


Ceci dit, il faut voir les choses en face : les meilleurs alliés de Macron, ces cinq dernières années, furent les dirigeants officiels du mouvement ouvrier, et en particulier les dirigeants syndicaux. Ils ont été incapables de s’appuyer sur la colère croissante des masses pour organiser une lutte sérieuse contre la politique du gouvernement. Ils ont regardé passer le mouvement des Gilets jaunes comme les vaches regardent passer les trains. Ils nous ont baladés d’inutiles « journées d’action » en « journées d’action » inutiles, dans l’indifférence royale du gouvernement, qui n’a pas reculé et ne reculera jamais face à de simples « journées d’action », aussi massives soient-elles. S’il est une seule leçon à retenir des dernières mobilisations interprofessionnelles, c’est celle-là. Une conclusion en découle : pour faire échec au gouvernement, nous devrons préparer et organiser soigneusement, de longue main, un mouvement de grèves reconductibles embrassant un nombre croissant de secteurs clés de l’économie. Autrement dit, nous devrons paralyser le pays.


Nos ennemis de classe, Macron en tête, ont bien des défauts, mais une chose est sûre : ils sont fermement déterminés à placer tout le poids de la crise sur nos épaules. Malheureusement, les dirigeants officiels de notre classe sont loin d’être aussi déterminés à défendre nos droits et nos conditions de travail, sans parler d’engager une lutte décisive contre le capitalisme. La vérité, c’est qu’ils se sont adaptés à ce système. Ils n’imaginent pas un instant – même en rêve – qu’il puisse être remplacé par un autre système économique et social, dans lequel les travailleurs dirigeraient l’économie au profit du plus grand nombre. C’est le cœur du problème. Et tant que ce problème ne sera pas réglé, notre classe ne cessera de s’y heurter.

 Depuis le premier tour de l’élection présidentielle, les dirigeants de la plupart des syndicats et partis de gauche appellent à « faire barrage au Rassemblement National », le 24 avril prochain. Certains appellent explicitement à voter pour Macron. D’autres appellent à ne pas voter pour Le Pen. D’autres, enfin, appellent à « battre Le Pen ».

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